CHAPITRE XI
De si grands efforts couronnaient tons ceux qu'innocent 111 avait faits pour la gloire du Saint-Siège. Le Pontife, dorant un règne de dix-huit années, avait vu sa puissance dominer celle de tous les souverains. Philippe-Auguste, le plus grand des monarques de l’Europe, avait dû céder devant un interdit jeté par le Pape sur son royaume , et faire une expédition en Palestine sur son invitation. L’empereur Othon IV avait reçu l’ordre de combattre à Bouvines, et conduit cent vingt mille hommes aux croisades. De si grands services n’avaient pas empêché Innocent de le déposer pour faire mettre à sa place Frédéric 11. Philippe de Souabe, pliant également sous l’anathème, s’était vu forcé de céder Théritage de la princesse Mathilde pour s’en délivrer.
C’est qu’en ces temps d’aveugle superstition l’excommunication et l’interdit étaient, dans les mains du Pape, une arme terrible. Sur un ordre venu de Rome , toutes les églises du royaume se fermaient devant les fidèles consternés. Les cérémonies du culte cessaient, les morts gisaient privés de sépulture; plus de mariages, plus de baptêmes, plus de fêles. Ordre aux sujets de fuir leur souverain, de lui refuser leurs services En même temps que les foudres du Vatican étaient lancées directement contre un souverain, toutes les puissances séculières secondaires étaient menacées. Le décret rendu dans le quatrième concile de Latran, par Innocent 111 (1215), portait : « Toutes les puissances séculières devront s'en- ^ger, par un serment public, à chasser de leurs terres les hérétiques notés par l’Eglise.... Si un seigneur temporel, averti et requis par l’Eglise, néglige de purger sa terre de la contagion de l’hérésie, il sera d’abord excommunié par le métropolitain et ses provinciaux.
DU PAPB.
et, s’il ne satisfait pas dans l'année, on en avertira le Pape, afin qu'il déclare les vassaux de ce seigneur déliés de leur serment de fidélité, et qu’il abandonne sa terre à des catholiques, pour la posséder paisiblement, après en avoir chassé les hérétiques, et pour y maintenir It pureté de la foi.... Les protecteurs ou fauteurs d'hérésie seront de plein droit considérés comme infâmes, inhabiles aux offices ou conseils publics , impropres à tester et à recevoir une succession. Personne ne sera tenu de leur répondre en justice, sur quelle affaire que ce soit, bien qu’ils soient obligés de répondre aux autres. Si c'est un juge, ses sentences n’auront aucune force; s’il est avocat, il ne sera point admis à plaider; s'il est notaire, les actes par lui dressés seront sans valeur.... •
Tel était le système au moyen duquel l'Eglise obtenait l’assentiment universel; il était soutenu par un clergé nombreux et puissant. Les moines, devenus des hommes politiques en devenant de riches seigneurs, parcouraient les villes et les campagnes, proférant les menaces du ciel et des présages funestes. Un jour, il s'en présente six mille à la porte du Vatican, demandant à agir; ils étaient conduits par François d' Assise. — Le prince était livré, en outre, à la merci de ravisseurs excités à le dépouiller, et se trouvait souvent réduit à ne pouvoir sortir d'un tel enfer qu'en faisant ses soumissions, qui n'apaisaient pas constamment les colères du Saint-Siège.
Innocent III n'abusa-t-il point d'un pouvoirs! exorbitant? Sa conscience ne lui reprocha rien. Des historieus qui se sont inspirés d'admiration pour cette existence phénoménale disent que le Pontife, en mourant, tournait un regard satisfait sur son règne, et présageait i la puissance pontificale un éternel avenir.
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