‹ Du PapeChapitre 115 sur 192 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Pape Horiorius III le sacra, en effet, après la mort d’Othon , bien convaincu que l'éducation sacerdotale avait produit dans ce rejeton de la maison de Souabe d’inaltérables dispositions à servir docilement le Saint- Siège. Frédéric, du reste, n’avait pas épargné les serments ordinaires de fidélité au Saint-Siège, et les avait prêtés avec sincérité sans doute. Mais si la Papauté avait sous son principe d'autorité des intérêts positifs toujours attentifs à lui prêter la vie et l’activité, l'Empire en avait de même nature qui ne pouvaient pas céder et qui étaient , au fond , mieux à leur place et plus légitimes. A peine Frédéric fut-il investi de la couronne qu’il sentit la responsabilité de tant d’intérêts le dominer, comme ils avaient dominé ses prédécesseurs. I) avait promis au Pape, à son sacre, d'aller combattre en Palestine ; cependant l'état de ses affaires s’y opposait absolument. Il avait trouvé une armée désorganisée, on peuple divisé par les dissensions qu’avait excitées l’excommunication de son prédécesseur, et les finances épuisées. Comment s’éloigner de son royaume quand sa présence y était si nécessaire ? A chaque prière ou me- < nace du Pape, en vue de hâter son départ, Frédéric répondait donc invariablement par des promesses dont l'exécution était toujours différée.

Ces temporisations durèrent jusqu'à la mort d’Honorius. Mais l’avénement de Grégoire IX, en qui revivait le caractère impérieux, mais non point l'habileté d’innocent III, son oncle, força Frédéric à prendre une détermination. Le Pape lui avait écrit une lettre moitié doucereuse, moitié menaçante ; il se mit finalement en route. Arrivé à Otrantc pour s’embarquer, une épidémie lui enleva une partie de son armée, il tomba malade

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tai-même; el comme pour ces graves motifs il diflfërait encore son départ, le Pap(x l'excommunia et prononça contre lui une sentence de déposition (1239).

A dater de cet événement la lutte entre la Papauté et l’Empire ouvre une phase nouvelle et prend un caractère plus intelligent et plus élevé. Jusque-là les empereurs allemands n’avaient eu qu'un vague instinct de leur rôle et de leur résistance. Leur droit souverain resté dépourvu de toute expression ou sanction théorique, s’éluit vu éclipsé par l'éclat imposant du droit divin pontifical, habilement exposé. Mais de même qu’on avait déjà vu s'élever sur divers points de la chrétienté des personnifications de la philosophie et de la morale évangélique, en opposition à la puissance du Saint- Siège, de même on va voir s'élever dans l'empereur Frédéric II la personnification du droit public des Etats ; personnification nette, héroïque, infatigable qui, le jour où elle siiccomhei’a dans sa lutte contre la Papauté, lui aura fait des blessures auxquelles elle ne survh ra pas trois siècles.

Frédéric, en apprenant l'excommunication lancée contre lui par le Pape, dans la situation critique o'u il se trouvait, en fut profondément irrité. C'est alors que mettant à profit les lumières qn’il avait puisées à l'école même des Pontifes, il envoya à tous les princes chrétiens le premier de ces curieux mémoires justificatifs qu’on le vit par la suite publier dans toutes les circonstances critiques de son règne. Frédéric, se dépouillant dans ces manifestes de toute vaine crainte, comme un Homme fort de son droit, et dans un langage digne do rang suprême, dévoile hautement la politique du Vatican. Il dépeint le Saint-Siège entouré d’ambitions cu-

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pides et violentes, l’bypocrisie soufflant la haine sous le masque de la religion, et accuse hautement le Pontificat de ne respirer que la domination universelle.: « Après m'avoir abattu, dit-il, il vous attaquera vousmémes. Le Pape ne combat l'empereur que pour asservir successivement tous les rois... J'ai promis, à mon sacre, d'aller combattre les infidèles, ajoutait Frédéric; je me rendrai en Palestine dès que je le pourrai, mais uniquement pour l’accomplissement de ma promesse, je ne suis point intimidé par une excommunication !...• Frédéric partit, en efi'cl, l'année suivante, après avoir pris des dispositions en Italie contre les hostilités du Pape. Gomme il allait s’embarquer, une nouvelle excommunication lui fut signifiée avec la défense de partir avant d'avoir été relevé de l'anathème. Frédéiic ne tint aucun compte d'une démonstration qui prouvait tout à la fois la violence et la malhabileté du Pontife. Mais il avait à Rome un parti et des amis qui, après son départ, chassèrent de Rome Grégoire et ses conseillers.

L’excommunication, cependant, planait sur les flots è la suite do l'empereur. Quand il fut arrivé en Palestine, avec une faible armée, il traita au lieu de combattre et, par des négociations hab’lement conduites, il obtint du sultan Mélédin la reddition de Jérusalem que d'autres n'avaient pu conquérir au prix de beaucoup de sang versé. Mais la haine pontificale entrait avec lui dans la ville sainte. Le patriarche y jetait l'interdit, et lorsqu'il se pr^nta à l’église du Saint-Sépulcre revétn des habits royaux, aucun évéque n'osa le sacrer roi de Jérusalem. Frédéric alors eut le bon sens de se mettre au-dessus de ces contrariétés capricieuses. S'avançant

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vers l’autel sur lequel était placée la couronne, il la prit et la mit lui-même sur sa tête, aux acclamations de la noblesse, du peuple et de l'armée, après quoi il revint en Italie. A son retour il trouva ses fiefs et ses villes occupés par les soldats pontificaux, les en chassa et obligea Grégoire IX à signer un traité de paix.

Mais celte paix pouvait-elle être de longue durée? Frédéric, à la vérité, avait conquis à la chrétienté le Saint-Sépulcre et atteint le but ostensible des croisades. Mais il s'agissait bien de cela en réalité pour le Saint- Siège! Qu’importait au Pape une pareille conquête? Elle ne faisait que lui enlever le prétexte d’envoyer en Palestine et d'éloigner de leurs États les princes chrétiens, pour les affaiblir au profit de l’Église. Frédéric donc était loin, sous ce rapport, d'avoir bien mérité de la Papauté. N'avait-il pas, d’ailleurs, désobéi au Pape, en s'embarquant sans avoir été relevé de l’excommunication? N'avait-il pas commis le sacrilège de se couronner de ses propres mains roi de Jé>'usalem, sans tenir compte de l’interdit qui paralysait la main des évêques invités par lui à le sacrer? On disait même, non sans raison, qu’il se ménageait des intelligences avec les Sarrasins du royaume des Deux-Siciles. Enfin il n’avait pas immolé un seul infidèle en Terre-Sainte, mais traité, au contraire, avec un prince musulman! Frédéric était donc hérétique au premier chef, et, de plus,- il avait humilié l’autorité pontificale par ses succès.

Bientôt un fils de Frédéric se révolte, en Allemagne, contre son père, et Grégoire, accusé de l’y avoir poussé, s’en justifie sur un ton et avec une affectation de langage qui ne font qu’aggraver les soupçons de l'opinion publique. Lorsque le fils est rentré dans le devoir, le

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