CHAPITRE XII
Pape feignant, à l’imitation d’Alexandre 111, le patriotisme italien, soulève contre l’autorité impériale les villes lombardes, et ose lui écrire, en même temps, d’aller combattre les infidèles !... En cette circonstance, Frédéric traita cruellement la Lombardie qui aspirait fortement à l’indépendance. Mais n’était-ce pas la Papauté qui livrait périodiquement l'ilalie au joug des princes allemands en leur octroyant la couronne impériale ?
Frédéric ayant, l’année suivante, donné à son fils Hensius la souveraineté de l'ile de Sardaigne, le Pape, qui prétendait qu’elle appartenait au Saint-Siège en vertu de la donation de Charlemagne, l'excommunia de nouveau. A cette occasion l'Europe jouit d’un spectacle inattendu et dans lequel il n’était pas difficile d'apercevoir la naissance d’un droit tout nouveau, et le seul vraiment souverain, le droit public, pour l'appeler par son nom. Le Pape et l’empereur en appelaient chacun de leur côté à l’opinion : le premier sous la forme d’une circulaire aux évêques, le second par un manifeste aux rois, princes et seigneurs de la chrétienté.
Inutile de dire que ces pièces ne donnaient que peu de place à la question qui les avait fait naître. Le Pape, entièrement préoccupé de prendre son point d'appui sur la croyance religieuse, ne s’occupait que des péchés de son rival. Il l’accusait d’avoir blasphémé le nom de Jésus-Christ et celui de Moïse ; de ne pas croire à la vierge Marie. L’impiété de l’empereur, disait-il, était connue, et il en serait donné des témoignages en temps et lieu. Le Pape concluait en affirmant que Frédéric ne pouvait être que la béte de l’Apocalypse I
Frédéric tenait un langage sérieux. Prévenu, par suite
de son éducation, contre les subtilités do Vatican, et aidé des lumières de Pierre des Vignes, jurisconsulte d'un immense savoir pour son temps, il posa le débat dans son véritable jour. Après une protestation sons» maire contre l’accusation d’impiété, il représentait la Papauté comme engagée systématiquement dans una voie de domination universelle et absolue qui l’en ratnait à troubler sans cesse les Etats pour y introduira son autorité. 11 reproduisait avec une grande habileté d’expression le tableau qu’il avait fait précédemment, de l'ambition pontificale, de ses envahissements succe»> sifs, et des dangers quelle faisait courir à tous les monarques. Finalement, l’empereur exposait la nécessité d’une étroite solidarité entre tous les royaumes et l’Empire pour leur commune défense.
Le manifeste de Frédéric, contrastant par le ton de franchise avec les détours scolastiques de celui de son adversaire, produisit généralement une impression favorable à sa cause. Il arrivait au roi saint Louis, au moment où Grégoire, en l’excitant à faire la guerre ù l'empereur, osait lui fjiire l’offre de l'Empire pour son frère Robert d Artois, comme s'il se fût chargé de justifier, par une offre semblable, le système d’usurpation dont Frédéric accusait la Papauté. Ce fut à cette occasion que l’honnéte monarque écrivit à Grégoire IX cette lettre sévère dans laquelle il prenait la défense da l’empereur et que nous avons rapportée dans notre chapitre premier.
Grégoire, exaspéré du peu de succès de sa diplomati» et du mépris que Frédéric faisait de ses anathèmes, résolut de lui porter un coup décisif par la convocation d'un concile. U se proposait d'y traduire l'empereur, et
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de le faire condamner et déposer solennellement. Frédéric déclara qu'il ne se soumellrait point au jugemeal d'une assemblée qui serait généralement composée de ses ennemis, et dont au reste il ne reconnaissait point la compétence en matière politique. Il mit des obstacles à la réunion de ce concile et menaçait même Grégoire d'aller le chasser de Rome o'u il l'avait replacé après son retour de Palestine, lorsqu'il apprit lu mort du PoBtife arrivée dans sa centième année (1241).
Deux années s'écoulent avant que les cardinaux aient pu s'entendre sur le choix d’un nouveau Pontife; mais ce choix tombe enfin sur un homme de qui l'on aurait peut être pu attendre la pabi, tant désirée par Frédéric, si elle eût été possible entre des principes et des intérêts comme ceux que représentaient la Papautéct l'Empire, car l'homme qui arrivait au pontificat sous le nom d Innocent IV s'était montré favorable à Frédéric dans toutes les contestations qu'il avait eues avec Grégoire IX. Mais cette paix était moralement impossitde, et. de même que Frédéric, bien disposé envers le Saint- Siège à son avènement au trône, était devenu ensuite son plus grand adversaire, de même Innocent IV en saisissant la tiare, d’ami de Frédéric qu'il était, devenait son ennemi le plus acharné.
En effet Innocent IV n'eut rien de plus pressé que de . reprendre l'idée émise par son prédécesseur de faire juger et déposer l'empereur par un concile. Ne pouvant le réunir en Italie, il demanda à saint Louis l’autorisation de le convoquer en France. Ce roi la lui refusa et les rois d'Angleterre et d'Aragon refusèrent également de recevoir dans leurs États un hôte si dangereux. Le concile cependant se réunit à Lyon, ville qui, h cette
époque, était à peu près indépendante ut placée sous l’influence de son archevêque.
Le Pape avait résolu de donner à celle réunion nonseulement la solennité ecclésiastique, mais encore une attitude qui ne dissimulât aucune des prétentions du Saint-Siège à la souveraineté impériale et universelle; et, comme s'il eût jugé le temps venu pour la Papauté de se faire l'e-xécutcur testamentaire de la donation de Constantin, il déclara que les cardinaux étaient élevés au rang de grands sénateurs, de qui dépendait l'élection du pi ince suprême et qui assistaient à son grand trône. Il leur donna le chapeau rouge pour leur rappeler, disait-il, qu'ils devaient être prêts à verser leur sang pour la cause du Saint-Siège. Il ajouta à cet attribut la valise et la masse d'argent pour les cavalcades, afin qu’ils pussent marcher en tout les égaux des rois'!... Innocent parut au concile assis sur un trône, et porta lui-méme la parole contre l'empereur. Celui-ci, qui avait constamment décliné la compétence du concile en matière politique, avait cependant commis l’inconséquence de s'y faire représenter. 11 y avait envoyé, à cet effet, scs conseillers les plus intimes, Pierre des Vignes et Taddée de Suessa. Ce dernier défendit son maître avec une rare éloquence. Il le justifia de toutes les accusations d'hérésie et autres; récusa, comme intéressés ou suspects, tous les témoignages portés contre lui, et protesta du désir sincère qu’avait Frédéric de vivre en paix avec le Pape, comme aussi de sa soumission, en fait de religion, à l'Eglise, offrant pour caution des dispositions de l'empereur les rois de France et d’Angle-
' .ilatbieu de Paris cl Gi more.