‹ Du PapeChapitre 117 sur 192 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

terre. Enfin, Taddée, désespérant de fléchir le Pape, conclut à un délai qui permit à Frédéric de comparaître en personne. Le Pape, h cette proposition, se récrie, déclare « que si Frédéric venait, il se hâterait de partir, ne se trouvant pas assez préparé à subir le martyre 1... » Cependant Innocent se calme, et le concile, plein du sentiment d'une autorité à laquelle venait encore ajouter la proposition faite par les conseillers de l’empereur, et lier de le voir bientôt comparaître à sa barre, accorde un délai. Au bout de ce délai, Frédéric ne s'étant pas présenté, une nouvelle session s'ouvre, et le Pape prononce solennellement la déposition de l’empereur. Tous les évéques assemblés se lèvent alors et, en signe d’assentiment, renversent des cierges qu'ils tiennent et qui s'éteignent dans leurs mains.... Cette sentence , portée en présence des commissaires et représentants des rois de France, d'Angleterre et de plusieurs autres princes chrétiens, est écoutée et reçue dans un morne silence. Aucune protestation contre la compétence du concile ne se fait entendre, et cette circonstance lève tous les doutes qui pourraient subsister au sujet du pouvoir généralement reconnu de l'Eglise, au XIII* siècle, de déposer les souverains (1245).

Frédéric se trouvait à Turin lorsque la nouvelle de la sentence lui parvint. Il se fit apporter la couronne, et la fixant sur sa tête : ■ Elle tient encore, s'écria-t-il avec force; si elle tombe, ce ne sera pas sans qu’il y ait du sang versé!...» Il protesta solennellement contre 'ambition toujours plus envahissante de l'Eglise, et par un mémorandum atix puissances, leur renouvela ses instances de le défendre pour leur propre conservation. • On commence par moi, c’est par vous que l'on finira.

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Défendez mon droit, si vous voulez garantir le vôtre ! ... • La guerre allait donc continuer entre la Papauté et l’Empire, et, à ce sujet, nous rencontrons l'opinion qui veut que cette guerre eût pour objet, de la part du Pape, Vml^mdance de l’Jtalie. Nous ne sachons pas de prétention plus fausse que celle-là, et nous avons quelque honte à nous y arrêter, comme si c’était prendre volontairement notre p>art d'une mystification dont quel» qups historiens ont bien voulu être dupes. Est-il possible, en effet, de ne pas reconnaître que le système invariable du Saint-Siège , depuis la chute du grand Empire, avait été de décerner à des princes étrangers, et précisément parce qu ils étaient étrangers, la couronne impériale dont les fiefs et petits Etats d'Italie dépendaient? C'était un malheur sans doute que les Allemands, après les Francs, vinssent peser sur I ltalie; mais c’étaient les Papes qui leur avaient périodiquement livré ce noble pays, pour l'empêcher de se constituer en nation, et dans l'espérance de lui faire adopter, de guerre lasse, la domination pontificale. Que plus tard, lorsque les républiques et les principautés italiennes curent acquis de la consistance et tenté de socouer le joug de l'étranger, quelques Papes aient sanctionné ces velléités patriotiques en haine des empereurs qui, de leur côté, s’émancipaient de la domination papale, cela se conçoit. Le Vatican trouvait matière, dans cet antagonisme, à une politique de bascule qui lui peiv mettait de se ser\ ir alternativement de l'empereur contre l’Italie, et de l'Italie contre l’empereur, selon sa convenance. C’est là l'e.\pédient qu'avait déjà employé le Pape Alexandre III. Mais il n'y avait pas de la part du Saint-Siège l'ombre de sincérité touchant l'indèpen-

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dance italienne. Il n’existe pas un seul acte sérieux, un seul décret ou manifeste du Vatican, dans lequel ait été posée en principe l’indépendance de l’Italie, ni la liberté civile d’aucun peuple. Si le Pape Innocent IV avait eu une pensée semblable, il avait une belle occasion pour faire proclamer par le concile l'indépetidance de l’Italie, et déclarer que tout prince allemand ou étranger quelconque, qui mettrait le pied sur le sol de la péninsule, serait déposé comme l’était Frédéric II 1 Mais il ne s’agissait point de cela dans la pensée du Saint-Siège. Frédéric était condamné comme parjure, tncnVge, hérétique et félon, griefs qui se rapportaient exclusivement à l'autorité de rÉglise, et n’entraînaient des conséquences politiques qu’en raison de l’op’nion reçue alors, que le crime d’hérésie rendait un prince incapable de régner. Frédéric, en un mot, était un pécheur devant l’Eglise, et, comme il le disait très-savamment aux autres monarques, il s’agissait, sous le prétexte rtl> gieux, d’une question d'autorité et de règne qui se poursuivait contre lui. Ce n’était donc point, dans l’esprit du Pape, une question de nationalité italienne. Et, d’ailleurs, n’est-ce pas ce même Innocent IV qui, douze années plus tard et après l’expulsion des Allemands de l’Italie, y rappelait à leur place les Français dans la personne de Charles d’Anjou ?

La haine d’innocent IV, cependant, devait contribuer à faire perdre pour un temps l’Italie à l’Empire, et seconder les efforts des Italiens du Nord dans la conquête de cette indépendance éphémère. Loin de se calmer envers Frédéric, après le triomphe qu’il venait d’obtenir, le Pape se montra plus intraitable. Ce fut en vain que saint Louis tenla.de désarmer cette Ame implacable, en

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lui représentant la conciliation comme üéi-essaire à l’approche d'une invasion mongole qui iii. iiarait l'Europe en ce moment. Innocent ne répondit à ses instances qu’en faisant élire en Allemagne Henri, landgrave de Thuringe, pour donner un compétiteur à Frédéric, Une fois cette nomination obtenue, il disposa de tous les moyens en son pouvoir pour écraser d’un seul coup son ennemi. 11 proclama une croisade contre Frédéric, jeta l’interdit sur ses pas, et déchaîna une légion de moines de tous les côtés. Il appela les villes à la liberté par des proclamations enflammées, où il leur reprochait l'opprobre de leur servitude!... Enfin, le Pape dirigea conire Frédéric les armes non moins redoutables du poignard et du poison. Une conspiration fut découverte, dans laquelle étaient entrés plusieurs des serviteurs les plus intimes du prince. Us confessèrent qu’ils avaient agi à l’instigation du Pape. A peine cette tentative d’assassinat avait-elle été prévenue et les coupables punis, que Frédéric se voyait en butte à un attentat plus odieux encore et obligé de punir un nouveau coupable. La corruption l’avait choisi près de son cœur : c’était le confident et le témoin de toute sa vie, le chancelier Pierre des Vignes , dont on avait déjà remarqué le silence inexplicable au concile de Lyon, où il avait été envoyé pour défendre son maître. Un jour que l'empereur était malade, Pierre pénètre dans son appartement avec un médecin qui portait un breuvage. Frédéric approche la coupe de ses lèvres, puis, comme frappé d’une idée subite : « Je pense , dit-il en les regardant fi.xement, que vous ne voudriez pas me faire prendre du poison?... » 11 ordonne au médecin d’en boire le premier; celui-ci se trouble et pâlit; on fait prendre le

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