CHAPITRE XII
contenu à des condamnés à mort, qui expirent aussitôt. . .
Abattu et découragé par des chagrins et des mécomptes sans nombre, par la défection de ses alliés, par la trahison de ses amis et de ses parents; affaibli par la maladie, par des fatigues et des infirmités qui hâtaient pour lui lu vieillesse, Frédéric fit une dernière tentative en vue de fléchir son ennemi. 11 signa, en présence d’une réunion de prélats, une profession de foi conforme à la doctrine de l'Eglise, offrit d’abdiquer l'Empire en faveur de son fils Conrad, et de partir pour l’Asie où il emploierait le reste de sa vie à combattre contre les infidèles. Rien ne peut désarmer Innocent. L’orgueilleux Pontife voulait que l’empereur se livrât à merci. La guerre se poursuivait donc avec plus de force que jamais dans l’Emilie et dans les provinces lombardes; une guerre dans laquelle se déploya toute l'énergie des jeunes républiques italiennes, mettant à profit la haine pontificale pour l'indépendance nationale. Attaquée de tous côtés, i'arraée de Frédéric fut défaite; il perdit son fidèle Taddée, deux de ses fils et ses amis les plus chers. C’est alors que, redressant sa tète un instant courbée sous les coups de l'infortune, et bravant les puissances surnaturelles que 1e vulgaire disait combattre contre lui, Frédéric s'enfonça dans la Fouille, adressa de nouveaux appels à ses amis et fit venir d’Afrique dix-sept compagnies de Sarrasins pour une guerre à outrance. Il se disposait à ressaisir avec eux ses États et la victoire, lorsqu’il tomba subitement malade à Florenzuela et mourut empoisonné (1250). Ses ennemis se hâtèrent d’imputer un tel crime au chevaleresque Manfred, le plus affectionné et le plus dévoué de ses fils.. .
Ainsi tombait Frédéric II. Des historiens en ont fait un grand coupable et n'ont pu articuler, en réalité, contre lui que cette accusation banale d'hérésie dont le Vatican faisait son cheval de bataille contre tous les princes qui résistaient à ses exigences et à ses envahissements, comme aussi contre tout chrétien nourrissant une pensée libre. Tout n'est pas irréprochable, sans doute, dans une vie si agitée et provoquée sans cesse k l'irritation. Toutefois, la sentence du concile de Lyon n'était motivée que sur des griefs qui seraient peu sérieux de nos jours. Jamais le Livre des Irais imposteurs, par exemple, qu'on attribuait à Frédéric, n'a existé, et il est incontestable que ce prince avait pour juges et pour témoins à charge ses plus mortels ennemis. On n’y voit pas figurer, au reste, des imputations de crimes semblables à ceux dont il fut odieusement poursuivi dans ses dernières infortunes, et auxquels il finit par succomber. Les princes de son temps, les rois d’Angleterre et d’Aragon, et le premier de tous saint Louis, lui témoignèrent inébranlablement leur sympathie et leur confiance ; il ne pouvait avoir de plus honorables témoignages de ses mérites devant la postérité. Elève des prêtres de Rome, son scepticisme peut s'expliquer par son éducation. Il ne croit pas à la théocratie qu’il a vue de près, comme les Romains; il écrit aux rois qu'elle n’est qu’un fantôme propre à effrayer les consciences et à favoriser les usurpations ; il appelle ehacun d'eux à lu solidarité de la défense, à une alliance fondée sur l'interét commun; il les invite, enfin, à repousser résolument dans le sanctuaire la puissance ambitieuse et turbulente du clergé. De pai eils principes pouvaient paraître vaincus le jour où Frédéric succombait à la