‹ Du PapeChapitre 119 sur 192 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

trahison ; mais ils étaient tombés de haut sur une terre déjà préparée aux aspirations libérales : la semence devait y prendre racine et porter, plus tard, des fruits. Voici comment parle de 1 empereur Frédéric un auteur que nous avons déjà cité : « Il avait soutenu la guerre presque seul, par la force morale plutôt que par celle des armes, faisant sans cesse appel, lui homme d'épée, à la discussion, à la modération, à l'équité, à la persuasion, tandis que ses adversaires, en se disant ministres de l'Evangile, en appelaient sans cesse à la haine, à la vengeance, aux passions, à la force. Voilà pourquoi surtout la sympathie s'attachera toujoui'sàla mémoire de ce vaillant sceptique. Hien (jue des hommes de ce temps n'aient vu en Frédéric <juc cette physionomie satanique sous laquelle les intelligences supérieures apparaissent d'ordinaire aux faibles esprits, son influence persistante sur l’ame droite de saint Louis, dont il devait blesser tant d’instincts, l'espèce de fascination qu’il exerce sur Dante lui-méme, qui le damne pour son impiété et le glorifie comme politique, attestent que ses contemporains ne furent pas sans démêler ses grandes qualités et la justice de sa cause. Il jeta, par ses négations hardies, le premier doute dans leur âme crédule. Il provoqua en souriant le fantôme théocratique, le mesura froidement de son tranquille regard, et, quoique vaincu par lui, il le chassa sans retour dans les sombres profondeurs du moyen âge*. »

Nous ne saurions pattser sur un fait de l'importance du concile de Lyon dont nous venons de parler, en raison particulièrement de l’acte solennel de juridiction

' P. Lanfrey, Bût. polit, des Papes.

qui s’est accompli dans son sein, sans lui prêter une sérieuse attention. Il convient de constater que cet acte est une preuve concrète et entière de la reconnaissance, au moyen-âge, du principe catholique comme base du droit de souveraineté. Cette reconnaissance a pu être mise en doute par nombre d'auteurs, en raison de lu diversité des opinions que son application a parfois rencontrées dans les États; mais il nous semble acquis à l'évidence que les résistances isolées des rois, des barons, des parlements, des universités ou des sectes philosophiques et religieuses avaient le caractère d'impuissantes oppositions, et que l’assentiment général, nous ne disons pas seulement des masses inertes, mais des hommes éclairés et des princes euxmémes, était acquis à l’Église. On convenait qu'un prince non orthodoxe était impropre à gouverner, et que le Pape était en droit de le déclarer indigne et de le déposer. Si un tel droit fut parfois contesté au Pape agissant de sa propre autorité, il ne l’était plus du moment où un concile régulièrement assemblé s'était prononcé avec lui. La compétence, en ce cas, était complètement et universellement admise. A l’occasion de la déposition prononcée contre Frédéric II par Grégoire IX, en 1239, ce Pape en ayant fait part à saint Louis, le roi et les seigneurs se montrèrent fort opposés, comme on le sait, à la conduite du Pape, bien que ce dernier offrit l’Émpire à un prince français. Toutefois, ils ne contestèrent pas à l'Église le droit de déposer l'empereur pour crime d’hérésie; seulement ils soutenaient que « le cas étant bien prouvé, il ne pouvait être condamné que dans un concile, nécessaire pour procéder plus sûrement dans une matière aussi délicate... » Au con-

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