CHAPITRE XII
put le relever, même avec la protection du Pape, et plus de vingt aimées se passèrent sans que personne osât tendre la main vers Rome poui' saisir cette couronne magique à laquelle était évidemment attachée une destinée fatale.
Cet interrègne laissait l’italie libre encore une fois de disposer d’elle-méme, et le parti gibelin songea à constituer le royaume italien. Un seul prince était alors à la hauteur d’une grande fortune politique : c’était Manfred, fils de Frédéric et roi de Naples, qui unissait aux rares et solides qualités de son père une séduction d'esprit et une grâce chevaleresque dont le charme s’est imposé aux chroniqueurs qui ont pris la plume pour le dénigrer. Manfred avait reçu le jour d'une mère italienne et vécu au milieu des Italiens. Il avait les sympathies des Gibelins sans être odieux aux Guelfes, et se présentait au Pape lui-même avec une déclaration de foi parfaitement catholique. De plus Manfred ne prétendait point à l’Empire germanique; il pouvait donc être considéré comme propre à la conciliation des partis et à constituer l’unité nationale.
Ce furent là autant de raisons pour que le Saint-Siège vouât à Manfred toute la haine et tous les anathèmes dont il avait poursuivi son père. Le Saint-Siège ne redoutait pas un empereur germanique recevant de lui l’investiture impériale et s’obligeant à le protéger et le servir. L’empereur d’ailleurs représentait, dans le système théocratique , la suprématie visible du monde chrétien, on pouvait partager avec lui, sinon le soumettre. Mais l’idée d’un royaume italien qui aurait nécessairement étreint la Papauté et pris Rome pour sa capitale, soulevait convulsivement toutes les an-
tipathies du Vatican. Innocent IV, qui naguère avait feint le patriotisme pour conjurer la perte de Frédéric, et reproché aux Italiens la honte de leur tervitude, appela do nouveau l’étranger en Italie. 11 offrit le royaume de Naples à tous les princes sans États : à Richard de Cornouailles, h Edmond, fils d’Henri 111 d’Angleterre, et le fit enfin accepter à Charles d’Anjou do France, qui passa les Alpes avec une année. Le l*ape, pour seconder rinvasion, déploya les grands moyens dont disposait le Saint-Siège. 11 s’arma lui-même , déclara croisade la guerre faite à Manfred, y attacha les indulgences, lant,-a l'excommunication, l’interdit et tous les autres engins .spirituels contenus dans l'arsenal du Vatican. Manfred, au milieu d'un enfer semblable à celui qui avait dévoré l’armée de son père, devait succomber, il était venu présenter la bataille h Charles d’Anjou dans la plaine de Grandella, près de Bénévent. Lorsqu’il la vit perdue par trahison , après avoir longtemps tenu lu victoire dans sa main, il se jeta au fort de la mélée pour périr glorieusement. Les soldats de Charles, frappés d’admiration pour sa valeur, lui avaient élevé une sorte de monument sans art, h cété du pont de Bénévent. Mais sur des ordres venus de Rome, son corps fût déterré et précipité dans le fleuve. Ainsi s’accomplissait une nouvelle phase de ce travail incessant de destruction dans lequel la Papauté cherehaif sans relftche une élévation démesurée.