CHAPITRE XIII
plétemeni dans ses mains l’autorité du droit divin. Les arrêts du Vatican ne sont plus admis comme irréfutables ; on ne repousse pas l’anathème par les armes, mais par le mépris, et le peu de succès de la bulle Unatn sanctam atteste hautement la décadence de cette puissance de lier et délier, qui avait précipité du trône, il y a cinquante ans à peine, de vaillants princes. Boniface s’en console dans son amour des plaisirs et de l’argent. Il ne demande plus aux peuples que des tributs. Trésor pour trésor, il négocie les faveurs de l'Église, et Rome devient le comptoir de la chrétienté. Un jour le pape imagine de convoquer à Rome les fidèles du monde entier, et le grand jubilé de 1.300 remplit les coffres du Saint-Siège et les bourses des Romains.
Peu d'années s’écoulent et la Papauté n’a pas même pu prendre racine dans son nouvel État. Il a suffi de la volonté de Philippe le Bel pour l’enlever de Rome et transporter sa résidence hors de l’Italie. La Papauté pouvait-elle tomber plus bas qu’elle ne se montra à Avignon 1 .\vilie dans son autorité, perdue de mœurs, indifférente au monde chrétien, elle y passe soixante-dix années, qui ne sont guère connues que par les scandales dont les auteurs du temps nous ont laissé le récit.
Le silence qui se fait dans le monde durant le séjour des Papes à .Avignon permet de porter uii regard tranquille sur l’état général de l’Europe. Le clergé des deux ordres avait une position fortunée et dominante. H formait sa vie extérieure sur celle des seigneurs féodaux et ses mœurs sur les exemples licencieux que lui donnaient les Pontifes. La confession auriculaire, en ouvrant aux prêtres une porte dérobée dans le sein des
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familles, avait fait taire les clameurs excitées par la loi du célibat. Cependant l’esprit de résistance ne cessait point de professer dans divers pays. La France montrait avec orgueil l'indépendance de ses parlements et les lumières de son Université, tandis que l’opposition évangélique des Vaudois et de leurs analogues se propageait. Les moines Cleinengis et Oliva remplissaient l’air de prédications plus que sévères contre le clergé en général et contre la cour d’.\vignon en particulier. Ce dernier publia un commentaire de r.\pocalypse dans lequel il représentait le Pape comme l’antechrist. L’Angleterre voyait un .savant théologien, Wiclef, se déclarer ouvertement contre les désordrt's du clergé, blâmer le pouvoir temporel du Pape et des autres ecclésiastiques, allant jusqu’à traiter d’anteclirist la primauté pontificale. L’Espagne, à en juger {mr les terribles exploits de l’inquisition, n’était pas restée absolument orthodoxe. Quant à l ltalie; elle avait mal résisté aux mauvais exemples tombés d’en haut dont elle recevait directement et de près les impressions. Les institutions républicaines y avaient fléchi, et avec elles les mœurs publiques et particulières. La religion, ( onfondue sans cesse aux yeux des Italiens avec la politique dans les querelles sanglantes des Papes et de l’empereur, perdait son empire sur les âmes; la terreur de l’inquisition y détruisait les sentiments d’humanité, et l'a théisme y préludait à ces mœurs polititjues et sociales dont Machiavel, en les personnififint dans son Prince, allait bientôt présenter l’effrayant tableau.
Rome vers ce temps-là donne une fois de plus le spectacle de ces velléités de grandeur qui semblaient autant d'apparitions fantastiques de son antique illus-