CHAPITRE XIII
tration, et si Colà Rienzi n’eut pas la peine de secouer le joug du Pape ou celui de l’empereur, 11 eut cependant le mérite de donner à la ville l'ordre et la paix. C’était un enfknt du peuple qui avait acquis de l’instruclion et qu’animaient les souvenirs dupassé. A la tête d’une troupe de jeunes gens armés, il chasse une foule de barons qui ne cessaient de se battre dans les rues et établit une constitution , jugée si convenable que plusieurs des villes et États d’Italie envoient le féliciter et lui offrir leur alliance ( 1347). Rienzi avait conçu le projet de réunir tous les petits États d'Italie en une grande république dont Rome eût été la capitale. Ce projet ne fut pas généralement repoussé ; mais il eût fallu, pour le faire réussir, chasser l’étranger qui pesait plus lourd que jamais sur l’ Italie depuis le contrat passé entre Grégoire X et Rodolphe de Habsbourg. Les petits tyrans préféraient rester sous la tutelle de ce prince et avoir son appui. Rienzi, au reste, était un homme peu sérieux. Son imagination avait séduit un moment le peuple, et ses succès l'avaient enivré lui-méme à un point voisin de la folie. Un jour il rassemble le peuple romain devant le Capitole, et étendant son épée vers les quatre points cardinaux, il prend en son nom possession de l’empire du monde; il donne le droit de cité à toute l'Italie et s’engage par serment à juger tous les peuples de la terre avec équité. Il prend les titres pompeux de Iribuii auguste j chevalier du Saint-Esprit et protecteur de l'univers ! Son exaltation le porte à croire que Rome doit, comme anciennement, régner sur toutes les nations, et que le Pape et l’empereur sont destinés à être les ministres de cette nouvelle souveraineté. Deux compétiteurs se disputaient l’Empire; il les cite sans façon, et avec eux le
Di: PAPE.
Pape Clément VI, à comparaître à son tribunal!... Il lui arriva ce qui arrive à tous les parvenus qui se laissent enivrer par les sourires de la fortune; le peuple, ble,^sé de tant d’orgueil dans la personne du fils d’un cabaretier, l’abandonna à la réaction des barons devant lesquels il s’enfuit ignominieusement. Il alla proposer à l’empereur Charles IV de lui livrer Rome et l’Italie; celui-ci, pour toute réponse, le fit remettre entre les mains de ClémentVIqui, après l’avoir d’abord anathématisé comme hérétique, se disposait à le faire brûler vif lorsque la mort le priva d’une telle satisfaction.
Les Papes d’Avignon, cependant, voyaient encore parfois passer dans leurs rêves dorés l’ange de la théocratie souveraine. Mais l'essai qui en fut fait pur Jean XXII sur Louis de Bavière, loin d’être heureux, ne servit qu'à constater une séparation plus complète de la Papauté et de l'Empire. Jean casse l'élection de Louis et soutient qu'elle ne peut être valable qu’avec l’assentiment du Saint-Siège ; Louis fait déposer Jean par le clergé et le peuple de Rome, et lui substitue un anli- Pape, selon l’usage traditionnel. Les électeurs de l’Empire, assemblés à Rense, prennent fait et cause pour Louis de Bavière, déclarant l'élection de l’empereur valable indépendamment de toute approbation du Saint- Siège et par le seul fait de la majorité des suffrages du corps des électeurs. Ils complètent cette déclaration par une pragmatique sanction qui frappe de nullité les censures prononcées contre l'empereur et interdit la publication des bulles pontificales qui n auront pas été autorisées pur les pouvoirs civils (1338). On brise donc des deux cotés tous les liens d'obligation et de suprématie réciproque. On déchire le voile mystérieux et