‹ Du PapeChapitre 128 sur 192 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

trompeur qui a si longtemps couvert le pacte de Léon III et de Charlemagne, et l’on rend impossible tout retour vers le passé

On sait comment les Papes revinrent à Rome. Les Romains se prirent un jour d’ennui dans leur nullité ; on ne partait plus d’eux dans le monde. Rienzi, qui, en haine de ses adversaires, avait voulu livrer la ville sainte à l’empereur, se fit le messager d'un parti qui y rappelait le Pape. Celui-ci, Innocent VI, ne dédaigna ni l’oflFre ni les services de l’ex-tribun. Mais il fallait recouvrer les États de l’Église, dépecés par les barons, et soumettre des cités qui s’étaient déclarées indépendantes. Ce fut l’œuvre du cardinal Albornoz, à la fois prêtre, diplomate et soldat. Rienzi marchait avec lui, reprenait au nom du Pape l’administration de Rome, aux acclamations du peuple qui, un peu plus tard, vexé par ses exactions, traînaitçon corps sanglant autour de ce Capitole du haut duquel il avait autrefois pris possession du monde entier. Il fut regretté de Pétrarque, qui, dominé par une imagination mobile, voyait alternativement le salut de sa patrie dans le Pape et dans l’empereur, et s’arrêtait volontiers à l’idée de concilier dans le même but les deux souverainetés rivales, illusion d’enfant que le mâle esprit de Dante rejetait en arrière après bien des hésitations, mais pour aller échouer sur un autre écueil, la monarchie universelle de l’empereur l...

Le schisme qui divisa l’Église de 1378 à 1447 fit courir des chances fatales à l’institution de la Papauté. Lorsque les cardinaux, après la mort de Grégoire XI, se réunirent à Rome pour lui élire un successeur, sur vingt-trois qu’ils étaient, dix-sept se trouvaient être

Français et quatre seulement Italiens. Le peuple romain, peu confiant dans les inspirations de l’Esprit- Saint en cette circonstance, et craignant qu’on ne lui donnât un Pape français, entoura le conclave et demanda avec menace que le Pape à élire fût Romain, ou tout BU moins Italien. L’élection eut lieu conformément à un tel vœu, et porta au Saint-Siège l'évéque de Bari, sous le nom d’Urbain VI. Malheureusement, trois mois après, les cardinaux déposèrent ce Pontife, sous prétexte qu’il n’avait pas été élu librement, et en réalité parce qu’il exigeait d’eux quelques réformes dans le luxe de leur table et de leurs maisons. Us élurent Clément Vil, qui s’était distingué par des actes de férocité à la télé des écorclieurs bretons de Malestroit, dans la guerre qui avait pour objet de remettre le Saint-Siège en possession de ses États. Clément alla s’établir successivement à Naples et à Avignon, et fut soutenu par la France, l'Espagne et l’Écosse, tandis qu’Urbain, appuyé par ritalie, l’Allemagne et l'Angleterre, demeurait à Rome. A dater de ce moment, il y eut deux Papes élus régulièrement et à des titres également incontestables, ün avait vu assez fréquemment ce qu’on appelait le Pape et l’anti Pape, mais ici la qualification eût été inintelligible ; les plus éclairés ne savaient de quel côté se trouvait la légitimité. Les saints eux-mêmes se divisèrent h ce sujet dès le commencement : sainte Catherine de Sienne tenait pour Urbain VI, le bienheureux Pierre de Luxembourg pour Clément VII, et celte pauvre unité composée de chair et d’os montrait à nu la faiblesse de l’institution. Chacun des partis tenant bon, la chrétienté eut pendant plus de soixante ans le spectacle de deux Papes parallèlement élus, l’un & Rome et l’autre

Page 1