CHAPITRE XIII
à Avignon ou ailleurs, dont la principale occupation consistait à s'accuser mutuellement et à échanger des anathèmes. '
Ce fut bien pis lorsque la chrétienté, lasse de ce long scandale, voulut enfin y apporter remède. On avait tenté diverses fois de décider l’un des deux compétiteurs à SC sacrifier à l’autre en vue de l’harmonie catholique, sans pouvoir y parvenir jamais. Sur la proposition de r Université de Paris, un concile est assemblé à Pise avec le consentement des principaux souverains. Il dépose Grégoire XII et Benoit XIII et élit à leur place Alexandre V (1409). Mais ce que l’on a ci’u être un remède aggrave le mal. Les Pontifes déposés par le concile refusent de se soumettre, et voilà trois Papes au lieu de deux, très mali pontifkes , selon l'expression de Gerson.
Cinq ans s'étaient écoulés lorsque le grand concile de Constance s’assembla pour aviser à un tel état de désordre' (1414). Il déposa les trois Papes malgré leur résistance et élut Martin V. Les Pères de Constance avaient déclaré que le concile est au-dessus du Pape et que les sentences qu'il rend sont irrévocables. Ils se proposaient d'introduire de nombreuses rétj^mes dans le clergé et même dans le dogme, lorsque Martin se trouva assez fort déjà contre l’imposante assemblée pour la dissoudre au milieu de scs travaux. Elle se dispersa à la lueur des bûchers de Jean Huss et de Jérôme de Prague.
' Ce célèbre coociJu comptait ; 3 patriarches, 33 oarilioaui, 346 prélats, 364 chefs d’ordres, près de 2,000 docteurs en droit et en théotogte , et enfin plusieurs souverains et grands selg;nciirs.
Le concile œcuménique de Bftle, qu’Ëugène IV dut bientôt convoquer malgré ses répugnances, pour obéir à une disposition du concile de Constance qui imposait au Pape l’obligation de réunir l’Église tous les sept ans, renouvelle la déclaration touchant la suprématie du concile sur le Pape et la périodicité de ses réunions. Il somme Eugène de prendre part au concile ; le Pape s'y refuse, et, dans la crainte des réformes qui s’annon^;aient, prononce la dissolution du concile et en convoque un autre à f’errare, puis à Florence. Les Pères de Bâle continuent à siéger; ils prononcent la déposition du Pape et élisent à sa place Amédée de Savoie, qui prend le nom de Félix V. Eugène résiste et vient à bout d’opposer concile à concile. Celui de Florence déclare que « le Pape est le chef de l’Église à partir de saint Pierre, dont il est le successeur, et qui a été établi par Jésus-Christ prince des Apôtres, etc, » Le concile de Bâle est obligé de se dissoudre, et ainsi faillit une tentative régulière de réformes qui pouvaient rendre l’ordre à l’Église et la préserver des déchirements qui eurent lieu un siècle plus tard. Après avoir porté ouvertement le trouble dans les États, le Saint- Siège le mettait volontairement dans les consciences chrétiennes. Ce fut à ce moment que les Églises d’Orient consommèrent leur séparation d’avec l’Église romaine.
Le concile de Bâle, toutefois, ne s’était pas dissous sans avoir déclaré d'importantes réformes. Il avait condamné les tributs que le Saint-Siège imposait à la chrétienté sous mille formes et mille noms divers, ainsi que les appels en cour de Rome, qui imposaient aux nations une juridiction étrangère et supérieure au droit civil. De telles réformes furent un point d’appui pour les
f.HAPlTRF, XIII.
Étals. La France s'einpi e.ssu de sauctionner l’œuvre du concile de Bâle par la pragmatique de Bourges. L’Angleterre imita l’exemple de la France; l’Allemagne y applaudit aus.si ; l’Italie seule resta indifférente, blasée qu’elle était sur tous les principes moraux et politiques qui comportaient des réformes si importantes.
Le schisme d'Occident finit avec l’élection au pontificat de Nicolas V (1455). Ce Pontife s’installa à Rome et saisit le pouvoir politique en étouffant le gouvernement républicain qui y avait été établi deux années auparavant, et dès lors le Pape redevint souverain d’une principauté à peu près telle que la charte conclue entre Grégoire X et Rodolphe de Habsbourg l’avait constituée. Mais la théocratie universelle et l'instrument empire, que devenaient-ils?
Au lieu de s’appliquer tout au moins à bien gouverner son petit temporel, la Papauté déchue revenait de temps à autre aux illusions de la souveraineté universelle du Saint-Siège, exercée par le bras séculier de l’Empire. La velléité qu’en montra ÛEneas Sylvius ( Pie 11 ) a l'air d’un roman. Ce Pontife plein d’imagination, après avoir échoué dans le projet de renouveler les croisades, voulait rendre à la Papauté la majesté cosmopolite dont elle avait brillé autrefois. Ne voyant dans les princes chrétiens que peu de goût pour un semblal)le retour aux péripéties du passé, il eut la bizarre idée d’offrir la couronne impériale à Mahomet II, sultan de Constantinople, contre qui il avait eu le dessein de diriger sa croisade en projet. A dire vrai, il mettait à l’ofi’re faite au prince musulman la condition du baptême. < 11 ne s'agit que d’une goutte d’eau sur ton front, lui écrivaitil; si tu y consens, il n’est pas de prince dans l’univers
que tu ne puisses surpasser en gloire et en puissance : nous te nommerons empereur des Grecs et de tout rOrient!... » Le Pape, pour séduire le Turc, invoquait les exemples de Pépin et de Charlemagne et le pacte des Pontifes avec les rois francs, auxquels ils avaient autrefois transmis la couronne impériale. Cette extravagante démarche eut le sort qu’elle méritait et attesta une fois de plus (jue la Papauté et l’Empire, ces deux terribles visions des temps précédents, étaient descendus au tombeau, ou que du moins leurs noms ne pouvaient plus avoir désormais la même signification (|u’autivfois. On avait déjà vu peu de temps auparavant une parodie (1 431) assez pitoyable. C'était l’empereur Sigisinond venu à Rome pour demander le saint chrême à Eugène IV. La foule était accourue pour voih le faulôme de l'Empire qui passait et l'avait poursuivi de ses plaisanteries. Sa pauvreté avait fait pitié aux riches marchands des villes italiennes; et le due de Milan, Visconti, s'était enfermé dans son château pour ne pas saluer cette majesté à son passage.
Pie 11 avait cependant manjué son règne par un acte d'une énergie remarquable : ce fut lui qui rendit la bulle Erecrabüix, par laquelle étaient condamnés et révo(|ués les décrets des conciles de Constance et do Bêle.
Sixte IV prend l'initiative d’un nouveau genre de politique qui sera imité après lui. Il conçoit l’idée de donner des principautés en Italie aux divers membres de sa famille, comme autrefois les grands Pontifes Grégoire Ml ou Innocent III distribuaient dos royaumes aux princes partisans du Saint-Siège. Florence, éclairée sur les dangers do ce nouveau genre d’ambition, veut s’y opposer; deux prêtres attaquent Laurent et Julien