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ChrUlI.-. Le Iribunal du saint-oHiee, en Espagne, ne pardonnuit pas inènu! aux morts; leurs os étaient arrachés U la sépulture pour être brûlés. Cent soixante-dix mille familles juives, formant ensemble huit cent mille individus, furent chassées du territoire espagnol, et ceux qui voulurent rester furent réduits eu esclavage et vendus sous la lance du préteur
Pour avoir une idée de l anéantissement du bon sens et des sentiments d’humanité à cette époque, il faut noter ijue de pareilles atrocités étaient généralement considérées (;omme dignes d'admiration. Raynald dit naïvement que cette sévérité envers les Juifs assura, « auprès des Ames pieuses, la plus grande gloire à Isabelle de Castille, » qui régnait alors. Des écrivains italiens du xv' siècle, en parlant de ces persécutions, en approuvent hautement le principe. C’e.st ainsi que Barthélemv Senarega, historien génois, qui vit plusieurs milliers de ces Juifs jetés sur la côte de Cènes, où il leur fut à peine permis de radouber leur navire, dit que « la loi de leur bannissement parut louable, puisqu'elle tendait à conserver l’honneur de la religion... » — « Vous les eussiez pris, dit-il, pour des spectres. Ils étaient maigres, pâles, les yeux rentrés, et ne différant des morts que par le mouvement. Les enfants à la mamelle périssaient et les mères avec eux. Plusieurs furent noyés par la cupidité des matelots, plusieurs forcés de vendre leurs fils parce qu'ils n’avaient plus de quoi payer le nolis et qu'il fallait cependant partir, car une loi défendait aux Juifs de séjourner plus de trois jours à Gênes. On les considérait comme n'ayant pas été créés
‘ Mai'iiiu* Siculus, be Hfb. hispan.. et Kayn.al(lu‘. Ann. eccle».
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par Dieu, L’n si {ïiand nombre d'entre eux mourut auprès du môle, seul endroit où on leur eût permis de reposer, que le printemps suivant l’iid'ection des corps produisit la peste'.... »
Parlons d'.Mexaiidre VI en laissant de côté le scandale de ses mœurs, .\lexandre avait contribué d abord à 1a coalition qui épouvanta Charles VI II et le fit sortir précipitamment de l'Italie; mais à peine le roi frant;ais avait-il repassé les .\l[ies que le perfide Pontifia l’invitait à y revenir. Charles meurt au moment où l'invitation lui arrive; mais Louis XII, son succe.sseur, écoute le Pape et accepte des combinaisons d'intérét qu’il lui propose, et cette fois l’Italie n'est pas seulement livrée, elle est ignominieusement vendue. .Marié à une femme qu'il n'aimait pas, Louis d'Orléans désirait le divorce pour épouser Anne de Bretagne. Le pape lui accorde tout a la fois le divorce, les États du duc de Milan <>t la couronne de Naples. Il reçoit en échange le duché de Valentinois en France et une principauté dans lu Romagne poui’ .son fils César Boi’gia. .Alexandre fait des querelles à tous ses voisins et se bat à la tête de .ses troupes. Il voulait soumettre tous les États d'Italie par le bras séculier de son fils naturel, C-ésar. ccnnrnc les grands Papes voulaient soumettre tous les royaumes de l’nniverspar la main de leur fils spirituel, l'empereur: pâle imitation qui donne nue idée des proportions dans lesquelle^ était dé<hue. à la fin du xv' siècle, la Papauté!
Tel était cependant l’état de détresse du patriotisme italien, <pie Machiavel n’était pas éloigné de fonder des
’ Senaresa. Behv» !i^nnm$ihu», t. XXI'.
espérances sur ces deux scélérats, qu'il avait étudiés jusque dans les replis de Tâme. Les rapports qu’avaient ensemble ces hommes fixaient au plus haut point l’attention des politiques de l’époque. Ce devait être vraiment un spectacle assez curieux de voir aux prises un Borgia et un Machiavel, cherchant à se pénétrer l’un l’autre; se pénétrant, en effet, et ne faisant semblant de rien. Le secrétaire de la république étudiait l'homme d’État dépourvu du sens moral, pour qui toute route était bonne, pourvu qu’elle menât à ses fins. C'était en vain que Borgia s’enveloppait de sa profonde dissimu lation, Machiavel le suivait jusque dans ses plus secrètes pensées, le surprenait et s’en applaudissait. Il finit un jour par l’aborder franchement et lui dit : « Si la république de Florence n’était qu'un homme, il vous serait facile de vous en emparer; mais c’est un peuple et vous ne gagnerez rien avec elle. Tournez-vous du côté des princes de la Romagne, que vous pourrez défaire l’un après l'autre... » Cependant, de même que Pétrarque et Dante, en désespoir de cause, avaient alternativement rêvé l’unité italienne sous les sceptres du Pape et de l'empereur, Machiavel aurait voulu que César Borgia réalisât la suprématie nationale, tout indigne qu'il le savait de régner. Il le flatte, l’excite, lui suggère dans ce but des expédients abominables, et entre en complicité d'esprit avec ce « tyran rédempteur, » par son Prince, livre tissu avec une sorte de naïveté savante ou une audace digne de la corde, pour porter à la postérité l'effrayant tableau de mœurs qui était l’œuvre de ces Pontifes qui, instituteurs du genre humain , maîtres des croyances religieuses , avaient banni la morale de la politique ainsi que de la religion.
CHAPITHE Mil.
pour lui subslitut'r une aulorilé tla-ologique imaginaire, et donné le funeste exemple de marcher au but par tous les moyens. Le Pape Alexandre fut arrêté dans son rêve de domination par une fin digue de sa vie : ayant, assurc-t-on, formé le dessein de se débarrasser d’un de ses cardinaux, il prit lui-même, pur mégarde, le poison qui lui était destiné, et la mort qui le frappa aussitôt entraîna la fortune de son fils.
Des écrivains ont voulu faire de Jules 11, comme d'Alexandre 111 et d’innocent IV, un Pape patriote, et l'imagination enfantine des Italiens n’a pas peu contribué à accréditer cette absurde erreur. La vérité est que Jules roulait dans le même cercle d’ambition que son prédécesseur. Pontife-soldat comme lui, la conquête de ritalie entière était l'objet de son incessante activité, lie lendemain du jour où il entrait dans la Mirandole par une brèche faite aux remparts, il écrivait à son frère : « Je n’ai qu’un désir, c'est de faire de l'Italie un seul royaume sous le gouvernement du Saint-Siège. » Si c'est là du patriotisme, tous les Papes ont droit à la même qualification, car tous eurent le même désir et la même idée.
Machiavel adressait à Jules II , comme à César Borgia, ses éloges exagérés et invoquait également en lui « le tyran rédempteur, » invocation qui assurément ne pouvait avoir d'autre objet, dans la pensée du grand publiciste, que l’expulsion de l’étranger ou une perturbation empirique; car comment Machiavel aurait-il pu concilier le vœu d'une monarchie italienne dans les mains du Pape, avec ses devoirs'de citoyen de Florence et ses fonctions de secrétaire d’État?
Jules II est tout entier dans la ligue de Cambrai,
DL PAPt.
dont les conséquences furent si funestes à la France et à l’Italie (1508). Le premier acte de ce prétendu patriote fut de jeter sur la république de Venise, qui lui disputait la possession de quelques villes du littoral adriatique, une coalition dans laquelle entrèrent l’empereur Maximilien, le roi Louis XII, Ferdinand le Catholique et les cantons suisses. Tels furent, eu etfel, les seuls motifs de la fameuse lij;ue. Il s’agissait d’écraser, au nom des plus misérables griefs, une petite république pleine de souvenirs glorieux, qui restait la dernière défense que pût invoquer ITtalie au jour du danger. Jules II commit ce crime avec un parfait sang-froid et une perfidie dont témoigne assez le résultat. Il avait ott’ert jusqu'au dernier moment aux Vénitiens, par l’entremise de Jean Radoer, leur envoyé, de dissoudre la ligue s’ils consentaient à lui céder Faenza, Cervia et Riroini. C’était po\ji- la possession de deux ou trois villes que ce grand politique avait disposé cet appareil formidable et fait entrer tant d’étrangers sur le sol italien, qui allait bientôt et longtemps leur servir de champ de bataille. En effet, dès que les villes en question furent tombées en son pouvoir, il songea à congédier les étrangers. Mais en venuiit en Italie, ceux-ci n’avaient pas uniquement pmir but la satisfaction du Pape ; ils y venaient les uns et les autres pour leur propre intérêt, et Jules II ni* s’était pus fait faute d’exciter leur convoitise pour les attirer dans la ligue. Il était donc plus ditlicile d’éloigner les étrangers <pi il ne l’avait été de les appeler dans la Péninsule. Les Francuis cl les Es[iagnols n’avaient rien moins pour but que de s’y installer au même litre <jue les .Allemands.
Le rôle qu'allait ensuite jouer Jules 11 ne pouvait