‹ Du PapeChapitre 132 sur 192 · I.HAP1T11E XIII · texte numérisé non relu

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manquer d avoir toutes les apparences d’un acte de patriotisme. n imagine de retourner contre le roi de France cette déplorable facilité avec laquelle les souverains se laissaient encore mener les uns contre les autres par le Saint-Siège, et de lui opposer les autres coalisés en leur adjoignant Henri VIII d’Angleterre. Pour les décider à cette nouvelle ligue et la fortifier, il donne Naples à l’Espagne, excite le ressentiment de Venise, soulève Gènes et Bologne et excommunie les Français. Voilà donc le Pape à la tête d'une levée de boucliers contre Vélranger, comme on avait vu précédemment Alexandre III et Innocent IV. Mais les Français une fois chassés, comme ils le furent eftectivement, il restait d’autres étrangers. Jules 11 entendait également expulser les Espagnols au moyen des Allemands; mais par qui eût-il enfin délivré l’Italie de ces derniers? Le Pontife s’en fut dans l'autre monde, laissant l’Italie en proie à ces deux puissances, et la troisième ne pouvant manquer d'y revenir bientôt pour venger la trahison dont elle avait été l'objet et maintenir son équilibre politique sur le théâtre des événemens dont l’Italie était le foyer. Jules II avait fait beaucoup de bruit en Europe et n’était parvenu qu’à ajouter deux ou trois petites provinces aux Etals Romains, à doter de principautés son neveu, et à enrichir les autres membres de sa famille avec les tributs levés par lui sur la chrétienté.

Pendant que les Papes-rois concentraient ainsi leur sollicitude et leur activité sur les moyens d’étendre les frontières de leur Etat, et employaient leur pouvoir spirituel à ourdir des ligues de puissances dans un but si peu élevé, l’esprit public, sur plusieurs points, s'éloignait de plus en plus de la Papauté. Les besoins de

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réformes qui s’étaienl manifeslés en France, en Angleterre et en Allemagne, prenaient chaque jour plus de consistance et n’aftectaient pas seulement des sectaires, mais aussi des princes et des hommes d'État. Les peuples réfléchis du Nord en particulier montraient une grande répugnance à voir le christianisme représenté comme il l'était par le Saint-Siège. Ils avaient de la peine à trouver de la ressemblance entre les Papes et Jésus-Christ, et à concilier avec les saines idées de la morale les mœurs et la conduite de la cour pontificale. Des personnages de la plus haute influence dans la chrétienté refusaient de reconnailre les représentants de l’Eglise dans ces petits tyrans, pour qui la suprématie spirituelle n’était plus qu’un moyen de battre monnaie au profit de leurs bâtards ou de leurs neveux, et de jeter le trouble entre les princes chrétiens. L’impiété, du reste, était flagrante; les Pontifes n'avaient plus le prestige que donnait l’exaltation religieuse à ceux des siècles précédents, et Rome laissait voir tous les vices de l’antique paganisme sans en avoir les vertus. Les peuples du Nord, (jui avaient subi volontieiv romnipotence d’une théocratie despotique et sanguinaire, se sentaient repoussés dans leur moralité native, se rejetaient en arrière et résistaient à cette autoiité de la corruption. Les bûchers de Jean lluss et de Jérôme de Prague avaient jeté une lueur immense sur toutes les contrées du Nord et leurs prosélytes ne pouvaient plus se compter.

Léon X, en succédant à Jules II, héritait donc des plus sérieux embarras. Heureusement pour lui qu'il n'était pas d’bumeur à beaucoup s'en alarmer. Sorti de la maison des Médicis, spirituel, voluptueux et artiste.

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il avait peu de goût pour la guerre, et les intérêts do la Papauté rinquiélaient d’autant moins qu'il ne soupçonnait pas que son existence ou son autorité pussent jamais courir des dangers. 11 apprend un matin le hardi coup de main et la victoire de François 1" à Marignan. « Monsieur l'ambassadeur, dit-il aussitôt à l’envoyé vénitien, il faut nous jeter dans les [bras du roil.... » François l’accueille avec enthousia.sme ; il aspirait à l'Empire et voulait s'assurer l'appui du Pape, (ielui-ci met habilement à profit cette velléité du roi poète pour en obtenir l'abandon des immunités gallicanes et des libertés garanties à la France par la pragmatique de Bourges: le déplorable concordat de 1516 est signé à Bologne entre Léon X et François I".

Bientôt après Charlcs-Quint est élu empereur, alors que son alliance avec Jeanne de Castille avait mis sur sa tête la couronne de Naples et de Sicile. Voilà donc une puissance hors ligne, et elle se déclare contre François I" en Italie. « Il faut, dit alors le Pape, nous jeter dans les bras de l’empereur!... » 11 ouvre luiméme les portes de l'Italie aux Espagnols, et prélude ainsi aux longues et sanglantes batailles qui devaient bientôt s'y livrer. Quant à lui, il n'aspire qu'à jouir tranquillement de la vie dans les États de l'Eglise et à orner son temporel de toutes les magnificences que la fortune et les arts sont capables de réaliser. 11 ne demande à la chrétienté que de l'argent, et à cet eft'et il redouble d’activité pour la vente des pardons et des indulgences: système commode qui, au lieu de détruire le pécbé, comme entendait le faire Innocent III, faisait au contraire du péché une sourc-e inépuisable de prospérité et le piédestal de la monarchie pontificale!

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Mais au moment oü cette laiilaslique prospérité parait plus grande, voilà que sur plusieurs points de l'Europe la conscience des peuples se montre agitée, non plus seulement au sujet des questions ostensibles d'intluence politique, mais aussi à l’endi oit des questions religieuses que l’on considère comme le masque d'une influence immorale et perturbatrice. Des hommes prennent position devant cette Papauté voluptueuse et vénale, devant ce clergé qui a systématiquement abdiqué toute pudeur, devant cette nouvelle Ninive, et, comparant tout cela aux saintes Ecritures, ils osent dire hautement que cet amas de richesses, que cette vie consumée dans les plaisirs mondains, que ces guerres homicides et cette cour scandaleuse de Rome ne sauraient être l’Église de Jésus-Christ et de ses apôtres. Le moine Martin Luther résume les doctrines de Vaido, d’Arnaud de Brescia, de Jean Huss, de Wickleft’, et ce n’est plus seulement une réforme qui s’opère, c’est le schisme qui se fait. La Bohême, la Suède, une partie de l’Allemagne, la Sui.sse et l’Angleterre vont être à jamais séparés de la communion romaine.

C’en était fait de la Papauté dans une situation si critique sans la venue des Esjiagnols. Un moine obscur, élevé par hasard au pontiticat après Léon X, ne semblait y être arrivé (pie pour lui donner le dernier coup Adrien VI applaudit haulcmeni aux censures de Luther et veut réformer le clergé, à connnencer par les prélats qui l onl élu. Il se dt'îclare contre le faste, la bonne chère, h’s jdaisirs dont Borne était remplie. On s'i'crie de toutes parts au barbare ! Il vit une année à peine, ^ et le lendemain de sa mort on trouve la porte de son

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un'decin ornée de guirlandes de Heurs avec cette inscription : « Au libérateur de la patrie!... »

Rome au reste n'avait plus à oppo.scr à la réforme que des prêtres athées, bercés dans les plaisirs et adonnés à l intrigue. La foi des Espagnols, épurée par une lutte de sept siècles contre le fanatisme musulman el par les flammes de Tinquisition, vient raviver la Papauté expirante en même temps que Charles-Quint étend sa puissante main pour la protéger. Clément Vil veut secouer cette protection ijui s'impose en s'appuyant sur le parti français; mais la bataille de Pavie brise la seule armée que le Pape pût opposer à Charles-Quint et abaisse la seule puissance capable d’intervenir en conciliatrici* entre le Saint-Siège et b's peuples en état de protestation (152."»). Dès lors, Charles-Quint est maître du Saint-Siège ; il saisit avec tous les ménagements possibles dans ses bras l'idole pontificale, la confie à Ignace de Loyola, qui venait de fonder une société destinée à devenir célèbre, pendant qu’il avisera au moyen de lui trouver un abri plus imposant. Charles presse le Pape de convoquer un concile, non pas dans un but de conciliation entre les parties dissidentes, mais avec l'intention bien arrêtée, au contraire, d'empêcher toute concession de la part du Saint-Siège et de donner désormais pour abri k la Papauté l’absolutisme et l'infaillibilité.

Paul III assemble le concile de Trente à regret et en conservant l'espoir que les protestants pourront y faire parvenir leurs réclamations et la conciliation s’opérer ( 1545). Charles marche contre eux, défait leur confédération à Mühlberg et pèse de tout le poids de sa victoire sur le concile, tandis qu'une foule de moines

espagnols souffle autour de cette assemblée l'esprit âpre et inflexible qui devait caractériser ses décisions. Le triomphe de l’influence espagnole au sein de l’Église a pour effet de rendre toute réconciliation impossible du principe catholique avec la réforme d’abord, et plus tard avec les principes de la liberté intellectuelle et tous les progrès de la civilisation.

Le concile de Trente était l’antithèse des conciles de Constance et de Bâle. Il investissait le Pape de l'autorité suprême de l’Église, le dé(darait inspiré directement de l'Esprit-Sainl et infaillible dans ses décisions et interprétations en matière de foi et de doctrine. Il lui subordonnait les évécpies et tout le clergé, et organisait une hiérarchie destinée à distribuer de degré en degré les inspirations célestes dont le Pape était comme le grand et unique récipient. La confession passait à l’état de dogme et de sacrement, et le célibat, dont elle est un annexe, était soigneusement conservé. Le concile s’était appli([ué particulièrement h consacrer toutes les dispositions canoniques contre lesquelles les réformés réclamaient et qui avaient motivé le schisme. Il repoussait donc toute idée de conciliation, et pour que l’on n en pût douter, il écrivait au frontispice de son édifice : • Hors de l’Eglise, pas de salut!... » Paul III et Paul IV, qui étaient Italiens, répugnaient, ainsi que Clément VII, à la domination dans l’Eglise de cet esprit espagnol; mais ne pouvant résister k son ascendant, ils prirent le parti de se résigner au rôle de Pape infaillible. Il fallait assurer les rigoureuses dispositions du concile; pouvaient-ils mieux faire que de confier cette tâche aux hommes qui avaient été l’âme de ses décisions, c’estù-dire aux jésuites et aux cluds de l iiiquisition ?

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