‹ Du PapeChapitre 133 sur 192 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Paul III approuva l'institut fondé par Ignace de Loyola (1540), et la société prit un développement rapide. Elle était admirablement constituée pour l’action et soumettait ses membres à une discipline qui en faisait une sorte de mécanique appliijuéc à la nature humaine. L'obéissance exigée des membres était absolue, et pour que le principe de cette obéissance passive fût mis hors de contestation pour l'ordre tout entier, un vœu particulier du chef le soumettait à la volonté du souverainpontife. Le général résidait à Rome, et de là exerçait un empire absolu sur les membres répandus dans toute la chrétienté. Il avait auprès de lui cinq assistants formant son conseil, et un admouiteur cliargé de le surveiller lui-méme, et sous ses ordres, dans les divers pays ou nations, des provinciaux. 11 y avait dans l’ordre trois degrés : les profès avant fait leurs vœux, les coadjuteurs, divisés en spirituel et en temporel; les novices et les scolastiques. Tous les membres, avant d'étre admis dans la société, étaient soumis à de nombreuses éprouves, et chacun était ensuite employé'sclon sa capacité.

On a dit que Loyola était un esprit étroit et borné ; mais il faut avouer qu’il avait fort bimi compris que si l’on raisonnait au sujet du principe sur lequel était établie la Papauté, elle était perdue, et (lu’il fallait, pour la sauver, un coup d'État hardi, une afiirmalion systématique, absolue, aveugle de son autorité. La Papauté, fondée uniquement sur la succession de saint Pierre, pouvait être contestée, démentie même l’Évangile à la main; mais la Papauté du concile de Trente ne pouvait être, discutée; elle était trop clairement absurde pour un examen sérieux, et c’est par un tel caractère, c’est-à-

DL' PAPF.

dire en passant neltenienl à l étal de vérité de convention, quelle était sauvée. En approfondissant cette idée et en lui donnant pour corps rorganisalion militaire qu’il avait apprise étant soldat, Ignace de Loyola avait trouvé le meilleur expédient qui convint dans la circonstance : il fut l’homme de génie du moment.

A partir du concile de Trente, la Papauté n’offre plus aucune originalité et ne soulève plus des questions de principe; son sort, au spirituel, paraît fixé. Quant au temporel, abandonnée des peuples et ne pouvant plus guère compter sur leur appui contre les rois, elle s’attache à sa petite souveraineté et s’efforce de se donner de l'importance entre les monarques, en créant entre elle et eux une sort(‘ de solidarité basée sur un échange d’influence et de protection. Le droit de règne avait péri comme les autres droits dans la plupart des États; elle consacra le droit héréditaire et contribua par ses doctrines à lui donner cette fixité et cette inertie que nous lui avons vues jusqu’à nos jours, et qui sont devenues un grief mortel des peuples contre ce droit. Mais la Papauté n’eut plus sur les États et leurs chefs une autorité ostensible, et ce fut bien vainement que quelques Papes tentèrent encore de tirer de l’arsenal pontifical les foudres de l’anathème. Les excommunications lancées par Paul III contre Henri VIII d’Angleterre, pai‘ Pie V contre la reine Élisabeth et contre le serment d'allégeance, de Sixte-Quint contre Henri IV de France et le prince de Condé, restèrent absolument sans résultat. Rome, en un mot, fut réduite à l’influence occulte dont elle disposait. Élle n’aurait pas pu commander des massacres comme ceux qui anéantirent les Albigeois; elle avait de la peine à maintenir l’inquisition dans quel-

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