‹ Du PapeChapitre 134 sur 192 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

ques pays, et se voyait réduite à la seule Faculté de faire chanter le Te Deutn après les désastres de la Saint- Barthélemy et le retrait de l'édit de Nantes.

Une telle transformation n'avait cependant pas dû s’accomplir sans produire de profonds déchirements entre les nations et sans entraîner des conséquences fondamentales pour les croyances. Charles-Quint, en attaquant les réformés et en évoquant ainsi la guerre religieuse, avait mis sur la défensive divers États de l'Europe. Après sa victoire de Mühlberg, de vaillantes épées avaient été tirées dans le Nord, et il s'était vu obligé de signer humblement la paix de Passaw, qui garantissait aux protestants la liberté de conscience La dernière moitié du xvi' siècle fut pleine de sourdes agitations, résultant de ces prises d’armes et des querelles religieuses. Au commencement du xvii*', elles se compliquèrent de questions d'équilibre européen, et, la cour de Rome aidant, on vit tous les princes de la chrétienté s'engager dans une guerre confuse de catholiques contre protestants. Elle dura trente ans et bouleversa tous les intérêts (1618-1648). Mais une si cruelle épreuve fut la dernière de ce genre. Les princes chrétiens, désabusés du fanatisme religieux en présence des maux qu'il avait causés, réunirent successivement et sans distinction de croyance les congrès d’Oshabrück et de Munster, et signèrent le traité de Westphalie (1648). Ce traité proclamait la liberté de conscience, qui était la négation formelle de la dictature que le concile de Trente avait établie sur les âmes. Il jetait en même temps les bases définitives de la liberté individuelle et de la souveraineté respective des nations. Depuis lors, catholiques et protestants ont marché dans

deux voies différentes, et l'on pourrait facilement apprécier, dans le sens de la civilisation en général, de quel côté sont aujourd'hui les résultats les plus favorables.

En mettant fin à l'hislorique de faits qui ne peuvent que se répéter de loin en loin dans la décadence monotone de la Papauté, et qui ne sauraient nous fournir des observations nouvelles, nous croyons devoir reporter un regard en arrière sur l'état du monde chrétien, et en particulier sur celui de l ltalie, centre le plus rapproché de l'influence romaine. La chrétienté, au sortir du XV* siècle, était encore plongée dans la confusion. Les nationalités étaient parvenues à se former, mais les pouvoirs publics donnaient à peine signe de vie. Les lois étaient confuses, la juridiction nulle ou arbitraire. La propriété était presque entièrement dans les mains des seigneurs et du clergé. Mais le mal était surtout dans les esprits. L'inquisition avait concentré les âmes par la terreur de ses supplices, semé la défiance mutuelle et lu division. Les misères de l’ignorance et de la superstition étaient la principale plaie. Uuand cet effrayant tribunal ne trouva plus d’hérétiques réels, tels que Galilée ou Giordano Bruno, par exemple, il en inventa pour exister. Il n'était question que de crimes de magie et de sorcellerie, de gens qui avaient des rapports avec le démon dans des lieux solitaires. En Italie, bü le saint-office avait déployé presque autant de fureur qu'en Espace, on renouvelait sans cesse la fable d’enfants enlevés et mangés par des Juifs ; et c’est sur des faits de cette nature que portaient le plus souvent les accusations d’hérésie et que l’on motivait les poursuites et les supplices. La France avait énormément souffert des

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