‹ Du PapeChapitre 135 sur 192 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

aberrations sataniques des inquisiteurs, comme on peut le voir par les annales des persécutions d’Arras ; mais elle n’était pas déchue au xvi* siècle dans sa moralité politique et dans ses mœurs, comme cette Italie qui avait cependant eu le privilège de se dégager, au milieu du moyen âge, de la servitude générale et de briller d’un si grand éclat.

« La liberté, dit Sismondi, avait donné à l’Italin quatre siècles de grandeur et de gloire. Durant cet espace de temps, elle fit peu de conquêtes au delà de ses limites naturelles, mais elle assura néanmoins à ses peuples le premier rang entre les nations de l’Occident. Les Allemands, les Français, les Espagnols, les Anglais avaient des monarques et des seigneurs féodaux ; les Italiens seuls avaient une patrie. Ils avaient relevé la nature humaine dégradée en donnant à tous les hommes des droits comme hommes, en dehors de tout privilège. Us avaient rendu au monde la philosophie, l’éloquence, la poésie, l’histoire, l’architecture, la sculpture, la peinture, la musique. Ils avaient fait faire des progrès rapides à l’agriculture, à la navigation, aux arts mécaniques. Us avaient été les instituteurs de l'Europe. A peine pourrait-on nommer une science, un art, dont ils n’eussent enseigné les principes aux peuples qui, depuis, les ont dépassés*. •

Ce brillant tableau d’un illustre écrivain ne présente aucune exagération. L’Italie, du xii° au xvi* siècle, fut, par ses petites républiques, le foyer d’oii la civilisation moderne s’est répandue sur l'Europe. Mais arrivée au milieu de ce dernier siècle, il n’est plus possible de la

• Sismondi, Réjmb. Hal. du moyen Atje.

reconnaître. L’inquisition et le casuistisme, joints aux funestes exemples tombés d'en haut, l’ont entièrement pervertie. Ce n’est plus le temps où de laborieux marchands étaient appelés à la tête des petits États, et où les mandataires du peuple délibéraient librement sur les affaires publiques et préparaient dans la paix les colonisations florissantes que Florence, Venise et Gênes allaient porter en terre étrangère. Les guerres entre Guelfes et Gibelins avaient créé de petits potentats dans quelques États, principalement en Lombardie, pour qui tous les moyens étaient bons, soit pour régner, soit pour combattre. Les républiques n’échappèrent pas à la corruption qui les entourait, et chez elles comme chez les petits tyrans, la politique se trouve entièrement pervertie dès le temps où Machiavel et d’autres auteurs, ses contemporains, prennent ii tâche de nous en entretenir. La tyrannie s’y perfectionne en bannissant ouvertement la morale. La politique, réduite à scs formes, n’est plus qu’une affaire de stratégie, d’adresse, de surprises, un jeu terrible qui n’admet pas impunément de fautes. C’est un art savant, raffiné, plein de mystères, d’émotions, oü l’attrait passionné le dispute au péril, exigeant alternativement la dissimulation et l’audace, la bassesse et l’orgueil, la faiblesse et la cruauté. Le système repose, avant tout, sur la perfidie, et la gloire s’acquiert ostensiblement par un habile usage du poignard ou du poison. C’est le temps aussi des condottieri, comtes et barons, courant en armes les aventures, détroussant les gens, pillant les villes et les villages. Ils se croisent dans les campagnes avec les bandes de l’inquisition à la recherche de l'hérésie, et avec les soldats allemands qui veillent, non à l’ordre public, mais

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