‹ Du PapeChapitre 136 sur 192 · CHAPITRE Xlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlll

à la conservation des droits suzerains de l'Empire,

Les nouvelles cours substituèrent la vanité castillane à tous les usages modestes que l’on voyait encore au commencement du xvi* siècle. Des questions de précédence occupaient la politique. Les maisons des Médicis, des princes d’Este et autres avaient des disputes pour obtenir le pas dans les cérémonies où leurs ambassadeurs se rencontraient. Les souverains s'arrogeaient successivement de nouveaux titres, en même tempsqu’ils en distribuaient aussi à leurs courtisans. Tandis qu'ils passaient par toutes les gradations d'illustrissimes, d’altesses sérénissimes, d’altesses royales, ils créaient pour leurs sujets des patentes sans nombre de marquis, de comte, de chevalier, et leur abandonnaient successivenient les qualifications à mesure qu’ils les dédaignaient . De telles décorations passaient graduellement dans la foule; il vint une époque oh l’on n’écrivait plus à son cordonnier sans l’appeler très-illustre. Mais en multipliant les titres, on avait multiplié les mécontentements et les mortifications; et alors le moindre gentilhomme ou officier se trouvait mortellement blessé si on ne l’appelait que très-célèbre et très-excellent; il prétendait à l’illustrissime !

L'habitude du travail avait été, durant la première moitié encore du xvi' siècle, le caractère distinctif des Italiens. Mais un peu plus tard, sous l’influence de la transformation de toutes les petites républiques en États princiers, ils en perdirent le goût et ne songèrent plus qu’à se procurer ce qu’on appelait « un noble loisir. » Ils accueillirent le préjugé des Castillans qui couvrait de mépris toute profession ouvrière, et apprirent encore de ces étrangers à augmenter le faste à mesure que les

ressources diminuaieat, et à étaler la pompe au dehors au détriment de l'intérieur. Les petits souverains engagèrent leurs courtisans à mettre leurs capitaux en terres; puis ils créèrent le droit d' aînesse qui condamnait les aînés des familles à l'oisiveté par le rang qu'il leur donnait, et les cadets à la fainéantise et à l'impuissance par la servitude et le désintéressement qu'il leur créait.

Une semblable direction imprimée à la constitution sociale devait avoir naturellement les effets les plus funestes. Ce fut pour remplir les loisirs de tout ce qui était courtisan, et offrir en même temps une sorte de compensation à une foule de cadets déshérités et privés des droits du mariage, que l'on inventa les droits et les devoirs aussi bigarres que monstrueux des sigisbées ou chevaliers servants. On les fonda sur deux lois que s'imposa le beau monde : aucune femme ne pouvait paraître seule en public, et aucun mari ne pouvait, sans ridicule, y accompagner sa femme... « La paix des familles, dit à ce sujet l'auteur que nous venons de citer, fut bannie de toute l'Italie ; aucun mari ne regarda plus sa femme comme une compagne fidèle, associée à son existence ; aucun ne trouva plus en elle un conseil dans le doute, un soutien dans l’adversité, un sauveur dans le danger, un consolateur dans le désespoir. Le père n’osa plus s'assurer que les enfants qui portaient son nom étaient à lui; il ne se sentit plus lié à eux par la nature. L’orgueil de conserver sa maison, mis à la place du plus doux et du plus noble des sentiments, empoisonna tous les rapports de famille, les doux noms d'enfant et de père. Chacun souffrait, non plus comme citoyen, dans la patrie opprimée, mais dans sa famille et dans son humanité... Gêné sans cesse dans sa maison par la présence

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