‹ Du PapeChapitre 137 sur 192 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

de l’ami de sa femme, séparé d’une partie de ses frères et sœurs qu'on avait enfermés de bonne heure dans les couvents , fatigué de rinutilité des autres, auxquels, pour tout établissement, il était obligé de donner un couvert à sa table, il n'était regardé par eux que comme l’administrateur du patrimoine. 11 était seul responsable de son économie, tandis que frères, sœurs, femme et enfants, formaient une ligue secrète pour le ruiner. S'il faisait des dettes, le majorât couvrait la propriété; les créanciers perdaient et les fermiers se voyaient ruinés. Ce qui distingue le xvn® siècle, c’est surtout ce préjugé antisocial, plus funeste que le libertinage, d’après lequel on faisait parade de ce qu'on avait caché autrefois. Ce ne fut pas parce que les femmes eurent des amants, mais parce qu’on leur fit une loi d’en avoir, que les Italiens cessèrent detre des hommes... »

Les sciences et les arts devaient infailliblement se ressentir d’une décadence si rapide et si profonde dans les mœurs. Après s’étre formés graduellement dans l’atmosphère vitale des républiques et avoir jeté un vif éclat au xvi* siècle, ils défaillirent tout à coup. Dante et Tasse eurent encore des imitateurs, ils n’eurent plus de rivaux. Les chaires de philosophie, de législation et d'économie politique restèrent muettes; le commerce et l’agriculture languirent, la marine perdit son activité, une souffrance taciturne se répandit dans les esprits comme dans les affaires, et le malheur universel entrais nait fatalement la nation à la recherche des plaisirs sensuels qui lui réservaient de nouveaux malheurs.

Comment expliquer le triste phénomène d’une décadence si rapide et si profonde en Italie, au moment oü les lumières et la prospérité qu’elle avait créées trou-

vaientun asile assuré dans les villes libres d’Allemagne et de Suisse et se développaient en sûreté sous les auspices des Églises réformées? Ce n’est pas faire violence à la justice, croyons-nous, que de l’attribuer en premier lieu aux funestes exemples donnés par la Papauté, notamment depuis son retour d’Avignon. Ses guerres continuelles contre les États italiens, les moyens immoraux et sanguinaires qu’elle mettait en usage, ses ligues, qui précipitèrent à la fois sur l’Italie plusieurs nations étrangères firent un très grand-mal. Mais le dernier coup fut porté à cette intéressante nation après que Charles-Quint et ses Éspagnols se furent emparés de la direction du Saint-Siège et que le concile de Trente eut mis au service du despotisme politique toutes les forces concentrées de la religion. La domination monastique envahit toutes les classes de la société. L’éducation, enlevée aux philologues, fut donnée exclusivement aux jésuites et aux frères des écoles pies. On vit alors appliquer généralement ce système qui consiste à faire planer sur les enfants une autorité soupçonneuse propre à briser de bonne heure les sentiments de l'énergie morale qui font l'homme ; à considérer les liens de l’amitié comme des conspirations, l'esprit de corps des écoles comme un fléau qu'il faut briser dans sa source en encourageant la délation. L’éducation des filles n’était point au fond différente de celle-là. On les élevait dans les couvents, le plus loin possible des mères, dans les idées fausses et exagérées de la dévotion, qui aboutissent au quiétisme quand elles n'éclatent pas en scandale, et qui font sentir la nécessité de les mettre sous la garde des duègnes ou sous les verrous. Les casuistes avaient rendu les cœurs aussi étrangers à la morale

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