CHAPITRE XII I
qu'à la raison. Une classification arbitraire des péchés, l’idée qu’on pouvait les racheter par des indulgences ou qu’un prêtre pouvait absoudre le coupable et en faire un saint, avaient absolument détruit la droiture de la conscience et les notions de la vertu.
Tel était l’esprit de l’Italie entre le xvi® et le xvii* siècle. Le milieu du xvm' fut marqué par la suppression des jésuites. Sans armes et sans soldats, cette société gouvernait déjà le monde catholique. On avait entendu dans la bouche de Tambourini, leur général, ce mot qui caractérise la société : « De ma chambre, je gouverne
• non-seulement Paris, mais la Chine, non-seulement « la Chine, mais l’univers entier , sans que personne
• sache comment cela se fait... » Éducateurs des princes et les confessant ainsi que leurs femmes et leurs maîtresses, les jésuites avaient partout des élèves qui devenaient partisans de leur éducation. C’étaient de petits Machiavels poursuivant la conquête du gouvernement universel, non pas par le fer et le feu comme les dominicains, mais par des manières insinuantes, des formes polies, et malheureusement par une morale relâchée en proportion du rang des personnes. A tout, les confesseurs de cette société répondaient : t Oh! ce n’est rien! » moyen d'attirer à soi beaucoup de monde. On les accusa d’homicider les rois. Les assassinats de deux rois de France, le péril couru par celui de Portugal sous le ministère de Pombal, fortifièrent cette opinion. Les puissances se mirent d’accord pour demander la suppression de cette société qu’Amédée de Savoie, cinquante ans auparavant, avait déjà eu le bon esprit de renvoyer de ses États. Cette circonstance marqua le terme de la décadence de l’esprit public en Italie comme
ailleurs. Mais celle nalion, divisée en plusieurs peiiis Etals despoliqucs sous la double influence de Rome cl de l’Aulriche, ne devail se relever que lardivement de son abaissement extrême. Chacune de ses aspirations vers la liberté devait être signalée par le martyre ou l’exil de ses plus généreux enfants, jusqu’au jour où la France, lui tendant enfin une main fraternelle, viendrait, de nos jours, l’aider à recouvTer son indépendance et à constituer sa nationalité.