CHAPITRE XIV
Ainsi, au point de vue de lu prospérité publique, la civilisation romaine présente un ensemble de progrès que nous ne retrouvons plus durant le moyeu âge et qui n’a commencé à reparaître que depuis les révolutions et les protestations qui ont eu lieu dans les temps modernes contre la Papauté romaine. L’économie politique date presque de nos jours. Où étaient celte science et les améliorations, qui font la moitié de la vie des peuples, avant Law, Quesnay, Turgol, Adam Smith, Ricardo, Say, Saint-Simon, Whai, Fullon et la foule des inventeurs et réalisateurs qui, grâce à la liberté conquise de l’intelligence, ont su ouvrir aux nations les sources de l’industrie, du commerce et du crédit? Ces hommes ne sont que d'hier, et nous avons été séparés des époques florissantes de l’antiquité par dix siècles de misère et d’oppression!
De Maistre a écrit : • Il fallait que l’empire romain ■ disparût. Putréfié jusque dans ses dernières fibres, il
• n'était plus digne de recevoir la greffe divine... Mais le « robuste sauvageon du Nord s’avançait, et, tandis qu’il « foulerait aux pieds l’ancienne domination, les Papes « devaient s’emparer de lui, et, sans jamais cesser de le « caresser ou de le combattre, en faire à la fin ce qu’on
• n'avait jamais vu dans l’univers' Nous avons re-
poussé d’avance l’injustice faite à l’antiquité parle fougueux écrivain; mais voyons en quoi consiste ce phénomène de la politique des Papes, que l’on n’avait jamais vu dans l’univers?
Nous avons déjà parlé du moyen âge; il fut le lit de douleur de l’humanité. Aussi longtemps qu’il dura, l’in-
‘ Du Pape, liv. m, cli. iv.
telligence de l'homme et ses facultés actives furent systémaliquemeot comprimées et dans rimpossibilité absolue de rien produire pour le soulagement de l'uiverselle misère, et à plus forte raison, pour la grandeur de la nature humaine et des nations. Â cette époque, les travaux publics sont nuis ; l'agriculture et l'industrie languissent; les hommes, instruments de fatigue, sont vendus avec la terre du seigneur, comme des bétes de somme, plus infortunés que les esclaves faits à la guerre chez les Romains; car ceux-ci, dès le temps d’Auguste, furent du moins admis à l'afiranchissement et protégés par les lois. Les inventions redoutent l'anathème, les routes s’effacent, les aqueducs tombent pour ne plus se relever, les fleuves et les rivières envaliissent les terres et forment des marais, la navigation et le commerce retombent dans l’enfance; les hommes vivent séparés, non-seulement de nation à nation, mais de ville à ville, de village à village; et des préjugés, accrédités à dessein, favorisent celte désunion des forces sociales sur lesquelles la vraie puissance est fondée. Si les peuples sont mis en rapport, ce n’est que les armes à la main. Les guerres, jointes aux épidémies produites par les exhalaisons des terres incultes, font coupes réglées des populations, et ces guerres sont le plus souvent excitées par la cour romaine. La mendicité est une des colonnes du système régnant ; la fainéantise vit aux dépens du travailleur, qui sue et meurt sous la corvée. Partout s’étendent la détresse et le malheur. On ne les combat pas, on les bénit; on prêche à l’homme la résignation, on lui persuade, amère ironie! qu’il est maudit de Dieu et que la souffrance est ici-bas son unique destinée.
Il y avait quelques heureux sous ce régime écrasant