CHAPITRE XIV
auquel présidait la Papauté du haut de son grand trône ; et c’est de l’affliction même des hommes et des peuples qu'ils tiraient une félicité relative. Tout l’or du monde était attiré à Rome en échange des pardons, des bénéfices, des annales; par les jubilés, par l’appe aux croisades; et tout cet or versé par la chrétienté confiante servait à entretenir dans la ville sainte les désordres de toute nature que nous avons vus, et à faire de 1a cour des Pontifes un foyer qui déversait partout la corruption, en proportion de son influence. Évidemment donc, la Papauté revêtue des dépouilles du grand Empire romain, afl’ectant ses formes politiques et des prétentions à le remplacer dans la souveraineté universelle, n’en fut que l’ombre et le reflet. Chrétienne de nom, païenne de fuit, elle eut les vices, non les qualités, de la puissance qui, après avoir laborieusement soumis une foule de nations, étendit sur elles une administration pacifique, leur donna des lois sages, des sciences, des arts, l’industrie, le commerce, de gigantesques monuments publics, sans exiger d’aucune le sacrifice de son individualité.
L'Église du Pape était parfaitement organisée pour le pouvoir et en vue du culte ; mais elle n’en était pas moins condamnée fatalement à tenir le monde stationnaire. Ce qui faisait cette puissance extraordinaire qu’on lui voit au moyen âge, ce prestige au-dessus do toute contestation qui lui asservissait les prjnces et les peuples en prenant appui sur la foi ingénue des populations; l’âine enfin de ce corps gigantesque, le Pape du moyen âge et du concile de Trente, n’était qu’une initiative idéale, un artifice caché dans les ténèbres; La société chrétienne n’avait rien à attendre , pour
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l’amélioralion de son sort, de celle autorité de l’homme fait Dieu. Le système romain pouvait donner lieu à un ordre de choses régulier , imposant même , en unissant le faste du culte à l’éclat de la triple couronne; mais c’était à condition de ne rien faire pour le développement intellectuel et économique des sociétés, et de l’empécher au contraire. Le premier élément de la civilisation, après la morale, est assurément la science Eh bieiil l'Eglise du Pape ne pouvait l’appeler à elle après l’avoir systématiquement étouffée avec la civilisation antique, ni même laisser paraître les saintes Ecritures et les saints Pères qu’elle tenait séquestrés. Si la lumière venait à naître, elle montrait le socle de lïdole, formé des fausses décrétales, des donations .supposées de Constantin, de Pépin, de Charlemagne et du prétendu évêché de saint Pierre. On remontait les siècles chrétiens depuis saint Grégoire jusqu’à l’Évangile, et l’on arrivait à rinterpi élation de ces clefs données à saint Pierre, au moyen de laquelle on a détruit de fond en comble toutes les prescriptions de Jésus-Christ relatives au.\ pouvoirs des prêtres. Dès lors, la théocratie ombrageuse de la Papauté, son autorité déléguée d'en haut, ses communications individuelles et exclusives avec l’Esprit saint, son infaillibilité, tout le système enfin, étaient démentis jusqu’à l’évidence. Il devenait éclatant que la Papauté s'était interposée pour saisir l’Empire au profit du sacerdoce, et son règne n'était plus qu’une fiction aussi stérile qu’aventureuse. Et n’est-ce pas là ce qui fut reconnu dès la renaissance des lumières aux xvi* et xvii' siècles? N’esi-ce pas ce qui fit proclamer dans les ti-aités et inscrire dans