CHAPITRE XIV
les constilutions modernes la liberté des consciences et des cultes, principe qui restituait l'homme à Dieu et frappait à la tête la Papauté infaillible?
On a prononcé le mot de tutelle pour expliquer et justifier l’autorité dictatoriale à laquelle s’était élevée la Papauté dans des temps de barbarie et de calamité publique; on s'est plu à la représenter comme une Providence sociale, apparaissant, au nom de la religion, au milieu des désastres qui marquèrent la chute de l’Empire. Nous ne prétendons pas dire que la Papauté n’eut pas originairement de bonnes intentions mêlées à une ambition démesurée, et quelle ne fit jamais le bien dans sa longue carrière ; il entra quelquefois dans les intérêts de la Papauté de soutenir le faible contre le fort et la morale contre la barbarie. Mais malheureusement il n’y avait point là un système régulier et une justice assez désintéressée pour justifier la domination anormale du prêtre par mesure de salut public.
L’idée d’envisager comme une tutelle la théocratie pontificale du moyen âge serait, sans doute, de nature à concilier tous tes esprits et à faciliter toutes les solutions, si l'histoire et l’esprit de ta Papauté ne lui donnaient pas, de nos jours encore, un cruel démenti. La Papauté s’élançant hors du sanctuaire sacré au secours des peuples et des princes comme envoyée de Dieu, prodiguant aux uns les consolations de la religion, aux autres ses lumières, et les portant alternativement sur son sein jusqu'à l’âge de majorité, et point au delà, eût joué un grand et beau rôle, sans doute; mais ce rôle excuserait seulement, sans la justifier devant l’Évangile, son immixtion souveraine dans les affaires politiques. Car la Papauté pouvait le faire, et mieux qu elle
ne l'a fait, sans assumer, même indirectement, le pouvoir temporel. Combien de saints évêques ne se dévouèrent pas ainsi durant les trois siècles de l'invasion des Barbares! Un exemple s'élevait au-dessus de tous les autres; c'est celui que donna, avec autant de désintéressement que de fruit, saint Grégoire : les Papes devaient l'imiter. Toute tutelle, d'ailleurs, implique restitution de droits, et n'est qu'une possession temporaire. Mais un tuteur qui, au lieu d'élever sc‘s pupilles pour en faire des hommes, met tout en usage pour perpétuer leur enfance et jouir indéfiniment de leur patrimoine; qui, leur majorité étant arrivée, leur dispute leur patrimoine, comme le fait encore en ce moment la cour de Rome, quelle action commet-il et comment le qualifiez-vous?
Vainement les défenseurs de la Papauté ont-ils enlin recours à ce subterfuge, qu elle n'avait la responsabilité que du spirituel. Nous l'avons déjà dit, le pouvoir spirituel tel que rentendait la Papauté, c'était tout le pouvoir. Avec la fiction de son droit divin, elle absorbait tout, elle exerçait une pression décisive sur les États, elle oblitérait les intelligences et rendait radicalement impossible tout progrès. Et ce système d’obscurantisme et d'étouffement universels était, nous le répétons, fatalement nécessaire à la conservation d'un prestige dérobé à la sainteté du cbrislianisme, pour couvrir des intérêts temporels. Voilà pourquoi la moindre variété d'opinion soulevait les anathèmes de la Papauté; voilà pounpioi elle persécutait les hérétiques, brûlait les savants et les inventeurs sur le moindre soupçon; voilà enfin pourquoi les sociétés sont restées durant tout le moyen âge dans un état absolu d'immo-