CHAPITRE XIV
bilité, de misère et de dégradation, tandis que ies hauts seigneurs de l'Église jouissaient de la puissance et se livraient aux vanités mondaines.
Si, passant de la généralité du monde chrétien, compai'é à celui de l'antiquité, nous renfermons nos observations dans la seule Italie, et que nous comparions les Etats de l'Église aux autres petits États, que vo;yonsnous? Des le xii' siècle, l’esprit public se concentre dans les principales villes et forme des municipalités, qui, avec l'agrégation rapide des campagnes, deviennent des républiques indépendantes. Là, avec une rapidité merveilleuse, l'esprit et l’activité renaissent, la liberté respire. On brise le glaive des despotes et on affranchit les serfs. Les lois sont pour tout le monde. Florence, Gênes, Venise, Bologne et d'autres cités font revivre les sciences, la philosophie et le droit romain dans des chaires publiques. Elles donnent une impulsion vigoureuse à la culture des champs et à l’industrie; des flottes se construisent dans leurs ports et vont au loin renouveler le commerce de navigation. Leur émulation dans cet accroissement de la vie sociale et de la prospérité en fait des États respectables, qui établissent des colonies en Orient et soutiennent des guerres importantes. Durant quatre siècles, ces républiques font la gloire et la prospérité de Fltalie, et deviennent le foyer d’où la civilisation moderne s’élèvera.
Aux mêmes époques et dans le même l^ps de temps, Rome ne peut pas même s’organiser. Ses prêtres et ses citoyens ne savent que vivre en parasites des abondantes richesses que la superstition fait affluer devant les autels de cette capitale du monde chrétien.
Un auteur compétent dans la matière, Sismondi, a
établi un parallèle entre Venise et Rome, et voici comment s’exprime cet illustre auteur :
■ A Venise, un doge électif présidait un collège de nobles, comme à Rome un Pontife présidait un collège de prêtres. Des deux côtés la puissance suprême était représentée par un monarque à vie. Des deux cAtés elle était limitée par une aristocratie, sans que le peuple eût aucune part à l'uu ou à l'autre gouvernement. Mais l’aristocratie de Venise était composée d’hommes qui, adonnés dès leur enfance aux affaires publiques, avaient fait du gouvernement l'étude de leur vie, et qui ne pouvaient espérer gagner l’estime de leurs compatriotes ou obtenir leurs suffrages dans les élections qu'autant que leurs talents les rendraient propres à remplir les emplois. L’État de l’Église, au contraire, était gouverné par des hommes essentiellement étrangers aux affaires qu’ils devaient décider. Aussi le gouvernement de Venise s‘est-il distingué pendant quatorze siècles par sa prudence, et le gouvernement de l’Église, pendant une période très-longue aussi, par sa malhabileté. Plusieurs Papes et cardinaux ont montré de l'habileté pour la politique du dehors, par l’art des négociations et celui de nouer des intrigues et des ligues, auxquelles ils avaient eu plus d’une occasion de se former dans les chapitres des couvents. Us ont dû à ces qualités de quelques-uns leur agrandissement. Mais il ne s’est pas trouvé un Pape bon administrateur, pas un seul qui ait fait prospérer l’agriculture, l'industrie, le commerce et la population dans les Liais confiés à ses soins; pas un seul qui ait établi de bonnes lois et une bonne justice. Aussi, dès qu'une province devenait soumise à la domination de l'Eglise, elle perdait toutes les