‹ Du PapeChapitre 147 sur 192 · CHAPITRE Xrv · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xrv

car on voit traîner des années, et même des iostres, des affaires qui pourraient se terminer en quelques

jours Les rigueurs sans mesure qui accablent le

pauvre peuple , les extorsions et vexations , les moyens cruels par lesquels on exige un nombre infini de gabelles, qui, n'aidant en rien le Pape, ne servent qu’à enrichir un petit nombre de ministres à mauvaises consciences: ces aftliclions du peuple, Saint-Père, qui dépassent de beaucoup celles du peuple de Dieu en Égypte, n'arriveraient à la connaissance des nations étrangères qu’en les étonnant et les scandalisant. Et qui pourrait jamais rester les yeux secs, en apprenant que des peuples, cédés au domaine de Saint-Pierre par la munificence des princes, ou qui se sont soumis volontairement à un Pape, se fiant pleinement à la charité de ses successeurs, se voient aujourd'hui sous un joug insupportable et sont plus inhumainement traités que les esclaves d’Afrique et de Syrie!... Les pauvres sujets, dés<'spéranl , de voir alléger les charges qui les oppriment, abandonnent leur maison et la patrie; ils vont par familles entières, en fugitifs, par le monde demander la vie à une triste mendicité , ou mourir épuisés dans les campagnes, ou bien encore, à notre honte, se faire sujets d’un autre prince; d’où il résulte une diminution constante de la population.

• Pour ce qui regarde les choses spirituelles, qui doivent être les premières, je n’y pourrais entrer sans offenser Dieu et l’extrême piété de Votre Sainteté , qui en fit toujours le principal objet de ses soins pastoraux. Mais en supposant que je pusse y toucher, on ne voit que trop aujourd’hui, bienheureux Père, marcher sur la loi évangélique et fouler aveuglément aux pieds l’ob-

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nervation des divins préceptes Aussi affligé que

malheureux à la vue du malheureux état du monde, de la chrétienté et de la religion, plus que de l'atrocité de mes souffrances personnelles, tourné vers Jésus-Christ crucifié, je m’écrie du plus profond de mon âme : Cupio dissolvi et esse tecum!.... La respiration me manque. j'abandonne la plume saisie pour la quatrième fois, et, prosterné, j'implore la bénédiction de Votre Sainteté pour l’mi de ses seniteiirs les plus dévoués, qui, sur le point de se présenter devant le tribunal suprême , et tremblant d’avoir à rendre compte des moindres pensées, n’aurait certainement pas voulu tromper Votre Sainteté par ces sincères remontrances........

Dans l’autre vie, je prierai Dieu ut sis longœvus stipra teiram! Je baise avec vénération les pieds sacrés de Votre Sainteté. »

Peu d’années après que le cardinal Sacchetti peignait d’une main défaillante le triste état des peuples gouvernés par les Papes, sa déposition était confirmée par les rapports confidentiels des ambassadeurs de la cour de France à Rome. Nous n’en citerons qu’un petit nombre et par extraits, afin d’éviter aux lecteurs l’ennui de ces répétitions d’unanimes doléances.

16G7. — Dt'pêchr du duc de Chaulues, ambassadeur de France à Rome.

« J’avouerai ingénument que j’ai trouvé la cour romaine au-dessous de l’idée que l’on s’en fait généralement et si la vertu et l’application de Clément IX no me faisaient espérer une amélioration de l’état actuel des choses, je regarderais comme certain que nous devons nous attendre à en voir de nos jours la fin, po-

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