CHAPITRE XIV
(le grandes familles, d’une distinction de manières, d’une élégance de costume, d'une grôce dont on n’a pas idée en France. Ils sont beaux et frais comme des archanges. Ces abbé*s, dont on fait vite des monsignori, portent dans les délégations tout ce qu’avec leurs études et de l’extérieur on peut y porter. Ils y font un peu d’administration, y voient beaucoup de monde, qui les accueille avec ivresse. Si le sujet n’était pas sériinix, je dirais qu’ils sont les lions de leurs sous-préfeetnres. Mais il y a d'autres cadets h pourvoir, l’abbé adiniriistralcur devient bientôt évêque; un successeur aussi inexpérimenté le remplace, et ainsi, de chaînon en chaînon, se perpétuent des incapacités sans fin. Fit croit-on que les mœurs et la renommée du ch'rgé gagnent h la vie mondaine des jeunes fonctionnaires, évêques en expectative et futurs cardinaux? Ce que je dis là, je le tiens d’excellents catholiques qui habitent les Étals pontificaux depuis quinze à vingt ans.,.. Tout sujet pontifical qui veut vivre aux dépens du public peut, avec de la faveur, entrer à l’hospice Saint-Michel; tout le monde y trouve accès, excepté les indigents.... De scandaleux désordres épuisent les finances d’un autre hospice que je ne dois pas nommer.... Est-il besoin de dire qu’il n’y a pas de pays sur la terre où la police soit plus mal faite que dans les Étals romains, quand les journaux sont remplis des aventures plus ou moins tragiques des voyageurs arrêtés sur les grandes routes? Il y a telle ville rapprochée de Rome où le pillage des diligences est une industrie avouée et tenant li eu de récoltes quand elles font défaut. Les habitants y sont formés en association de secours mutuels contre les gendarmes. Naguère soixante-dix familles y étaient impliquées daas
un même procès pour vols à main armée sur les grands chemins. On dit que les carabiniers qui accompagnent les voilures publiques s’entendent avec les voleurs; non, ils les laissent faire; on en a la preuve à Rome. Qu’il y ait une rixe ou une arrestation d’assassin à opérer sur un point, on est sûr que le gendarme, carabinier ou dragon, est sur un autre. Ces messieurs ont cependant de b(!aux privilèges : un carabinier entre dans un cabaret, demande à boire, et boit sans payer; il entr(' chez un pâtissier et s'y rassasie aux dépens du propriétaire....
« Je demande au cardinal .\ntonelIi pourquoi l'on rencontre tant de mendiants dans Rome et tant do haillons! Son Éminence me répond : Quand on les chasse par une porte, ils rentrent par l’autre. Léon XII avait consacré dix-sept cent mille francs au soulagement des pauvres sans rendre leur condition meilleure. Plus il y a d’œuvres, plus il y a d’indigents? Tel est le langage d’un prêtre, premier ministre du Pape. La vérité est que les dix-sept cent mille francs de Léon XII, comme le million et demi de Léon X, sont dévorés par le favoritisme et que les pauvres n'en touchent pas le tiers. La plus grande partie est dévolue à ce qu’on appelle les familles tombées, dont plusieurs peut-être ont des palais et des chevaux
« Je demandais au marquis de X..., membre de la municipalité romaine, pourquoi Rome est si mal pavée sur quelques points et si mal balayée partout? Le marquis me répond : Nous payons sept cents balayeurs à quarante baïoques (deux francs) par jour, et il n’y en a pas cent cinquante qui fas.sent la besogne. L’État prélève sur l'impôt municipal une si forte part qu’il ne