‹ Du PapeChapitre 154 sur 192 · CHAPITRE \IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE \IV

reste pas de quoi pourvoir au pavage complet de la ville éternelle. Savez-vous qu’on n’est pas en sûreté pour ses habits, sous les fenêtres, à la nuit noire? disais-je au marquis : Que voulez-vous, me répliquait-il, les contrevenants en sont quittes pour trois baïoques (quinze centimes).

« Je ne dirai qu’un mot de, renscigneiiieiil, et ce mot suffira. Les frères de la Doctrine chrétienne passent à Rome pour de dangereux novateurs! défense e\prc.ssc est faite aux indigènes de fréquenter leurs écoles, réservées exclusivement aux élèves étrangers'.... »

Voilà donc quel a été le produit social du gouvernement temporel tant indirect que direct dans la main des Papes, au point de vue d’abord de l’économie générale et au témoignage ensuite de personnes non suspectes de partialité ou de haine ! Et ce gouvernement ne peut ni se modifier ni se réformer; c’est un état de choses tout d’une pièce, absolu comme son principe dogmatique ; c’est en un mot la théocratie appliquée à une société. Qu’y ferez-vous? Que sert de s’irriter contre des hommes quand le mal est dans l’institution? A Rome, ce ne sont pas seulement le Pape et les cardinaux qui affirment que toute réforme est impossible; les gouvernés sont à cet égard entièrement de l'avis des gouvernants, et leur opinion ressort d’une adresse poignante de douleur, signée par un grand nombre de citoyens romains de toutes les classes, et envoyée en 1860 à l’empereur Napoléon III. On y lisait :

« Le monde sait sous quelle oppression gémit ce

' Martin d’Oisy, V Italie, P Allemagne et le Congrès, 1860.

peuple malheureux. Une simple modificalion de ce régime usé et vicieux ne serait qu'une œuvre vaine et stérile. Le s>,slème clérical est incompatible avec les mœurs, avec la civilisation, avec le temps. Vouloir le réformer, ce serait vouloir galvaniser un cadavre!... Aucune publicité dos actes de l'adminislralion, aucune responsabilité chez ceux qui gouvernent, aucune garantie dans la justice, le droit canonique super j>osé au droit civil; ce sont là les conséquences inévitables d'un gouvernement dont le chef est un prince lié par des obligations religieuses, et qui, en se déclarant infaillible, échappe à tout contrôle et à toute responsabilité... »

Nous venons de présenter un exposé impartial des résultats sociaux qu’a produits dans les divers degrés de son élévation et de sa décadence, durant dix siècles, le gouvernement de la Papauté. On ne vit jamais, croyons-nous, une influence aussi funeste aux intérêts et à la civilisation des peuples. Ce qu'il en reste aujourd'hui à Home est un assemblage de faits empiriques sans rapport avec les besoins les plus légitimes des sociétés. Les institutions pontificales, restées ce qu’elles étaient au moyen âge, ne peuvent pas même supporter l'épreuve de réformes sérieuses. Et ce qui s’oppose essentiellement à toute réforme, c’est encore moins la vétusté et le mauvais état de ses institutions que le principe d'autorité sur lequel ce gouvernement repose. Car il faut bien le reconnaître, nous avons affaire à des hommes convaincus qui, pour cela même et selon l'expression de Pascal, n’en font que plus complètement mal les choses. Le gouvernement du Saint-Siège n'est pas seulement, comme on l a dit dans ces derniers temps, et

CIIAPITP.E XIV.

par atténuation, « un gouveriiomcnt d’ancien régime. » C’est encore un gouvernement de foi et de doctrine, une théocratie dogmatique, incompatible avec la nature progressive et la pratique des sociétés. Il ne faut donc plus songer à le réformer, mais à le supprimer absolument.

CnAPITRE XV.

PIE IX ET I-'lTALIE.

I.'iodt;peijiJaiice du Souvcraiii-I’üiitire. — Lu Paix- pciit-il êtr« sujet d’un Étatî — Impos-iMIité d'une i-onciliation entre le Pape et le Roi. — La question de droit. — Le cOté religieuv de la question. — Position à faire an Pape.

L indépendance du Souverain-Pontife.

Il faut, nous dil-on, « une .souveraineté temporelle au Pape, pour garantir son indépendance spirituelle; sans eette souveraineté, il ne serait pas libre dans l’exercice du pontificat... »

Certes, voilà nn argument grave; cherchons à bien nous en rendre compte, et pour cela, rcstiluons-le à rauteur qui l'a mis le premier en avant. Bossuet écrivait : « Nous savons que les Pontifes romains et l’ordre

• saccrdolal tiennent de la conce.ssion des princes, et « possèdent très-légitimement des biens, des droits, « des principautés (imperia), comme en possèdent les

• autres hommes. Nous savons que ces possessions, en « tant (jue dédiées à Dieu, doivent être sacrées, et qu’on « ne peut, sans commettre un sacrilège, les envahir et

• les donner à des séculiers. On a accordé au siège

CHAPITUE XV.

« apostolique la souveraineU* de la ville de Rome et • d’autres possessions, afin qu'il pût exercer avec plus « de liberté sa puissance dans tout l’umvers'... ■>

Nous ne cherchons pas, on le voit, à amoindrir l’argument présenté dans ces derniers temps par les défenseurs du pouvoir temporel; mais il pèche par la base et par tous les côtés. Bossuet a pu parler à son époque encore de concessions faites au clergé, et ajouter que de tels biens et principautés étaient des possessions trèslégitimes; même que les États du Pape étaient consacrés à Dieu. Du temps de Bossuet on croyait volontiers tout cela. Mais qui, de nos jours, voudra prendre ces fleurs de rhétorique pour des vérités? Les principautés du clergé d’Allemagne, de Pologne, de France, d’Espagne même, ne leur sont pas restées quand les lumières de la raison sont venues jeter leur clarté sur rÉvangilc et sur l'histoire; et si Bossuet retournait aujourd’hui à sou évêché de Meaux, il aurait bien de la peine à rencontrer, parmi les fidèles, quelques partisans des biens et de la seigneurie du haut clergé. Quant aux Etats du Pape, peut-on raisonnablement soutenir qu’ils soient une terre sainte, après tous les scandales que nous y avons vus et que nous y voyons encore?...

La souveraineté du Pontife sei"virait, selon Bossuet, à rendre le Pape plus libre dans tout l'unirers!... Mais de quelle liberté entend parler l'illustre docteur? Est-ce de la liberté d’exercer paisiblement le ministère évangélique? de paBre, selon l’expression sacrée, les brebis du Seigneur, et de confirmer ses frères dans la foi? Est-ce d’annoncer un Dieu père de tous les hommes? Eu

* Bossuet, Defetu. de cler., Ub. I, scct. i, ch. 16.

DU PAPK.

royaume est superflu pour une mission si admirable et si utile à tout le monde. Les Apôtres et les saints évêques des huit premiers siècles la remplissaient sans obstacles ou malgré les obstacles, et n'avaient ni souveraineté ni principauté. Ils allaient prêchant et faisant le bien et, s ils rencontrèrent parfois le martyre, ils rencontrèrent plus souvent encore la confiance et le respect. La preuve c’ost qu’ils firent la conquête du monde. Si le Pape pouvait se renfermer dans l'exercice des devoirs et des pouvoire spirituels du sacerdoce, tels qu'ils sont définis dans le saint Évangile', rien, dans l'état actuel de la civilisation, ne laisse supposer de sérieux obstacles à sa mission. Il l'accomplirait sous l’égide des pouvoirs publics et de la liberté des cultes, dont il connaîtrait dès lors tout le prix.

Mais s'il s'agit d'une autre liberté dont les Papes ont toujours fait un funeste usage, celle de jeter partout le trouble et la discorde, sous prétexte de leur pouvoir spirituel, le pouvoir temporel du Pontife ne lui ouvrira l'accès nulle part dans les autres États. Comment la principauté du Pape le rendrait-elle libre en Russie, en Suède, en Amérique, en Angleterre, en Prusse, dans tout l’Orient et l'Afrique? Quel ascendant peut-elle lui donner dans les États catholiques même , puisque ceux-ci entourent de réserve et de suspicion les relations du Saint-Siège avec leurs évêques? Chacun sait, en elFet, que la souveraineté temporelle ne donne point au Pape la faculté de faire tout ce qu’il voudrait dans les pays catholiques, et qu’une surveillance lêgitime-

' Saint Matthieu, ch. x, v. t et 8. — Saint Marc, ch. vi, v. 7. Saint Luc, ch. ix, v. t. — Saint Jean, ch. xvii, v. 2 et 3.

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