CHAPITRE XV
œlte protcclion qu’offre encoœ uu petit nomlire de princes, il est évident que Pie IX n’est pas fort à son aise avec une occupation de ses États par une troupe autrichienne ou française, et qu'il voudrait bien pouvoir s’en passer. C'est donc là une situation gént-e, au lieu d’être un état d’iudépendance, et cependant le Pape ne saurait se soustraire à la servitude morale qui en résulte pour lui; car sa souveraineté ne jx-ut se soutenir par elle-même. Le Pape-roi est donc de fait, sinon de droit, sujet de r.\utriche ou de la France. Et n'eu fut-il pas toujours de même depuis que les Papes sont au pouvoir temporel? Le moyen âge, qui vit la Papauté tout dominer par le prestige religieux, la vit très-fréquemment asservie ou conspuée par les princes et par le peuple romain, pour des causes d’intérêt, tandis qu’ auparavant elle jouissait de toute son indépendance. Grégoire II, étant encora simple évêque de Rome, répondait aux menaces de l'empereur Léon ; « L’Occident « a les yeux tournés sur notre humilité; il nous regarde « comme l'arbitre et le uiodéraleur de la traiHjuillité pu- « blique; si vous osiez en faire l’essai, vous le trouveriez « prêta nous venger!... ■ Mais du jour où ce même Grégoire II se fut mis à la tête de la nouvelle république romaine, il lui fallut solliciter et achettn-, par des concessions religieuses, la protection des rnis francs. C’e.sl ainsi que depuis lors l’indépendance morale de la Papauté a toujours été affaiblie par le côté temporel.
L’n autre obstacle à l’indépendance du Pontife nait de l’exercice même du pouvoir; personne ne songc-t-il donc aux embarras que ce pouvoir lui suggère et au temps qu’il prend sur son saint ministère? il nous semble que ce côté de la question n’est pas indifférent. Com-
ment veut-on qu'avec les préoccupations que donne le soin d'un gouvernement, un homme puisse avoir l'esprit aux choses de l'Église, qui exigent tant de calme et de recueillement? Et comment, en sens contraire, est-il possible qu'un homme qui a passé la plus grande partie de sa vie dans les ordres, prêtre séculier ou moine, puisse s'affranchir tout à coup des occupations solita'u’cs et contemplatives du .sacerdoce, pour improviser les difficiles charges du gouvernement? 11 y a là, croyons-nous, des obstacles plus grands et plus réels apportés à l'indépendance du Saint-Père, que tous ceux qu’on suppose qu’il rencontrerait dans la simplicité primitive.
Dira-t-on que le Pontife se déchargera du soin du gouvernement pour veiller attentivement sur l’Église, comme le croient ceux qui veulent seulement des réformes au temporel du Pape, dans le sens constitutionnel? 11 n’en fera rien; l’histoire des Papes est toute pleine de politique et l’on n’y trouve guère autre chose. Non-seulement le Pape ne cède jamais le gouvernement à un laïque, mais il veut que toutes les administrations, jusqu’à celle des armes, soient tenues par un prêtre comme lui. Un auteur, celui qui de tous a le mieux connu l’histoire ecclésiastique, parle du gouvernement des Princes de l'Église de manière à nous retirer légitimement la parole : « Il faut, dit l'abbé Fleury, lever et entretenir des troupes, fortifier et munir des places, amasser des trésors pour fournir à tant de dépenses; il faut avoir correspondance avec les princes voisins, négocier, faire des truités de commerce et d’alliance. Ces occupations paraissent à un homme politique sérieuses et grandes. Les fonctions ecclésiastiques, en comparai-