CHAPITRE XV
son, lui semblent petites et presque des umusenienis d'enfant. Chanter dans une église, marcher en procession, pratiquer dos cérémonies, faire un catéchisme, lui paraissent des occupations vulgaires dont le premier venu serait capable. Il regarde la prière, la lecture et la méditation de l'Écritui’e sainte comme des occupations plus convenables à un moine qu’à un homme d'Etat, et il ne trouve guère de temps à y donner. Peut-être croirez-vous qu’un évêque-prince se réservera les fonctions spirituelles et se déchargera sur quelque laïque du gouvernement de son État? 11 s’en gardera bien, de peur (jue ce laïque ne devienne le véritable prince; il abandonnera plutôt à d’autres le spirituel ; car il ne craint rien d’un prêtre, d’un vicaire, d’un évêque suffragant; il leur laisstna volontiers l'étude de la théologie et des canons, la prédication, le soin des âmes, dont il se fera tout au plus rendre un compte général, mais il chargera de la politique, sous lui, d’autres ecclésiastiques à qui il SC fiera plus qu’à des laïques, et qui ne seront ecclésiastiijues que pour la forme. Les anciens étaient sages de penser que l’ailiance de la puissance temporelle à la spirituelle n'était avantageuse ni à la religion ni à l'État. ' >
I.’opulence et les grandeurs attachées à la souveraineté temporelle, loin de faire l’indépendance et la dignité du pontificat, nuisent au contraire à son estime et à la religion. Quand Martin Luther voulut attaquer la Papauté, ce fut premièrement par le reproche de son luxe et de sa vénalité, et l’on sait comment, avec un reproche si fondé, il souleva les consciences naturellement honnêtes des populations allemandes. Imther reprocha
' Fleury, .Sur l'histoire ecclés., dise. iv.
Df PAPE.
aussi à la l’apauté l’idoIàtrie, et sur quelques points ce n’était pas assuréinent sans raison. Les idées seules qu’entraînent à leur suite tant de grandeurs mondaines font, croyons-nous, un tort immense au sacerdoce et sont un pernicieux exemple pour la chrétienté. Aussi n'est-ce pas à Rome que le culte véritalilement édifie. Nous ne voulons parler qu’avec réserve d'une question si délicate, mais que gagnent la foi publique et la morah' à la dissimulation de ce que tout le monde sait? Oui, d'excellents catholiques, des menihres même du clergé reviennent humiliés de la ville appelée sainte. Les Églises n'y voient le plus souvent que des réunions frivoles, et les cérémonies n'y sont pas constamment de nature à inspirer le recueillement de l'ànie, et le respect fiù au saint lieu. Une vous smnble, par exemple, d'un spectacle que vous aurez rencontré à Saint-I’ierre, dans les grandes solennités? Là, vous avez vu un vieillard {•orté à dos de chrétiens .sur un palamjuin suimonté d'un troue; il avait une couronne d’or et de diamants sur la tête et i-evétait le manteau royal. Après l'avoir ainsi promené dans l'Eglise et montré aux assistants, on l'a déposé sur le grand autel et il s'y est installé gravement pour se faire adorer et baisc'r les pieds. Uu'étaitce?... on vous a répondu : c'est le Pap<; !
Grand Dieu, c'était en efl'et le Pape, le Pape-roi!... Il a été de là pas.ser en revue son armée sur la place, visiter minutieusement des canons rayés, et bénir une troupe d’aventuriers qui allaient, à son insu sans doute, porter la guerre civile dans le pays voisin. Oui, c'était le Pape entouré de ses cardinaux et prélats, couverts de dentelles et de vêtements éclatants, de ses miinstres et de tous les prêtres de Rome ses employés, comme aux jours