‹ Du PapeChapitre 159 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

pays civilisés, par la liberté des cultes cl des consciences, et de plus par le droit des gens. Ces droits et libertés n'étaient pas bien assis du temps des auteurs que nous venons de nommer; et c'est probablement parce que la liberté des cultes n existait pas alors dans les États catholiques, qu'ils ont cru que l'expédient d'une principauté temporelle pourrait faire au Pape une position neutre et indépendante. L'expérience prouve assez qu’ils se sont trompés en cela. Mais l’erreur avait une portée d’une autre importance, et, selon nous, fatale à la Papauté, Donner au Pape une principauté particulière, c’était localiser son autorité et son prestige. La souveraineté synthétique du monde allait pour cela même lui échapper. Roi d’un peuple, le Pape n’était plus le père commun des fidèles, et son intervention dans les Etats y prenait la couleur d’un intérêt étranger. Être ù tous les peuples, sans appartenir à aucun en particulier, voilà ce qui fit, au moyen âge, le caractère et la grandeur de la Papauté ; elle le perdait en revêtant une royauté ordinaire.

Une fois ces observations présentées, nous n’hésitons pas à reconnaitre que le prestige encore attaché par les fidèles à l'idée de la Papauté serait diminué, si le Pape tombait dans la condition de sujet d'un prince, soit de simple citoyen d’un État quelconque. Car, lors même qu'il serait traité avec les plus grands égards, et que sa modestie s'accommoderait de la position qui lui serait faite, les fidèles du monde catholique pourraient s’en trouver involontairement contrariés. Or, il n'est pas possible de songer à prendre à l’égard du Pape un parti qui aurait pour effet de mécontenter, sans une nécessité absolue , des millions d'hommes dans ce

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qu'il y a de plus délicat au monde, le sciitimenl religieux. D'ailleur.s, eu même temps que beaucoup de catholiques souffriraient dans divers pays de ce qui leur paraîtrait la déchéance de l idéal qu'ils voient dans la Papauté, d’autres pounaient considérer le Pape comme obéissant à l'esprit de sa nation, et s'inspirer contre lui des détiances trop communes de pays à pays.

Le Pape, il est vrai, pourrait être pris en deliors des sujets italiens, contrairement à l’usage actuel, et, eu ce cas, la sujétion serait écartée pour faire place à l’hospitalité du droit des gens, ainsi que les préjugés inhérents à la nationalité. Mais un semblable expédient n’est pas plutôt imaginé, qu'on voit se rouvrir le cercle des inconvénients. Le gouvernement italien voudrait-il t)Our le plus important de ses diocèses un évéque étranger, investi de l'immunité pontiticale, et la question de deux souverains, l’un spirituel et l’antre temporel, ne se retrouverait-elle pas entière?

Où le Pape conserverait assurément une importance très-considérable c'est dans l’intérieur du royaume auquel il appartiendrait, et cette importance s’accroitiait précisément du préjugé de nation à nation qui la diminuerait aux yeux des peuples étrangers. Sa présence pourrait suggérer à ses concitoyens la pensée d’en faire une puissance nationale à opposer au dehors, et quelquefois à leur prince lui-méme ; et combien de grands inconvénients n'aper^’oit-on pas distinctement derrière une semblable pensée? Combien de complications intérieures et extérieures ne pourrait-il pas en résulter!

C'est ce qu’exprimait fort bien, pour ce qui a rapport à la position du Pape à l'intérieur du royaume, M. le cardinal Donnet, dans la séance sénatoriale du 2 mars

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