‹ Du PapeChapitre 160 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

18Gi : « Ou ne saurait, disait-il, sc figurer une auto- • rite comme celle du Pape ü côté d'un gouvernement ;

<■ car, ou elle s’unirait à ce gouvernement et il en .sor-

lirait un despotisme intolérable, ou elle lui serait op-

« posée et perdrait sa liberté Pourquoi chercber

« à concilier dos choses inconcilialdes ? De pareilles « l raimictions n’ont jamais lieu sans faire naître les plus « (jrandes déceptions «

Mais si la position du Pape à l'état de sujet ou de citoyen nous semble devoir être extrêmement fausse, n'avons-nous pas à prendre en grande considération aussi celle que ferait, par sa présence, la Papauté au royaume et au souverain chez qui elle se trouverait placée? C’est là encore un point qu’il n'importe pas moins d'examiner.

Depuis la dissolution du grand Kmpire, il y a mille ans, toutes les nations se sont constituées et ont formé leur unité: la France, f Angleterre, l’Espagne, la Uussie, la Prusse, la Suède, l’Autriche c^t autres. L'Italie seule, pays de vingt millions d'hommes de même race, parlant la même langue, ayant la même histoire, la même littérature, les mêmes mœurs, est restée divisée comme si l’épée d’.Attila se fût arrêtée sur elle jusqu’à nos jours. Les efforts tentés à diverses époques par les Italiens, pour réaliser leur unité et assurer leur indépendance, oi?l conslumment échoué; et l’obstacle quel était-il? C'était uniquement la Papauté détournée de la voie religieuse dans les champs de la politique. Sous Tliéodoric et les rois lombards, sous Racimère, Odoacre , Augustule , Lambert , les deux Béranger , Guido, Manfred et autres princes italiens, les Papes, abusant de l'ascendant (jue leur donnait leur spirituel,

vinrent toujours à bout de briser, aussitôt que formés, les liens de runité et de l'indépendance nationale. Pas un seul des Pontifes ne dévia de cette politique, dans l'égoïste crainte que la ville de Home ne devînt, comme de droit, la capitale d'un rovaume <[ui ne voudrait pas se donner à la théocratie pontificale. « La politique « des Papes, dit Machiavel, fut constamment de pos- « séder l'Italie. Mais comme ils ne pouvaient pas par- •t venir à la soumettre à leur propre domination, ils

ne voulaient pas qu elle se constituiit en nation indé- « pendante. C'est pour ce motif qu'ils y appelaient suc- « cessivemenl, et l’un contre l'autre, les étrangers'. »

Telle fut vraiment l’histoire politique de cet infortuné pays. Il serait impossible de concevoir comment les Papes ont pu exercer une pareille influence durant tant de siècles, et sans rien changer à leur système, si l’on ne savait dans quelles épaisses ténèbres étaient plongés au moyen âge les intelligences. « Tout prince qui voulait usurper ou recouvrer un domaine, dit un célèbre écrivain , s’adressait au Pape comme ii son matlre. Tous les souverains, par un aveuglement inconcevable, travaillaient eux-mêmes à accréditer dans l’opinion publique une autorité qui n'avait et ne pouvait avoir de force que par cette opinion. Quand la Papauté attaquait un de leurs rivaux et de leurs ennemis, non-seulement ils l’approuvaient, mais ils provoquaient quelquefois les excommunications, et, en se chargeant eux-mêmes d'exécuter la sentence qui dépouillait un souverain de ses Etats, ils soumcltaient les leurs à cotte juridiction usurpée*. »

' .Machiavel, Hixl. de Florence.

* Voltaire, Essai sur Htisl. ginér.

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