CHAPITRE XV
L’histoire est eu effet remplie, et nous l'avons fait voir, des intrigues par lesquelles les Papes soulevaient les uns contre les autres ces monarques barbares et ingénus qu'ils tenaient sous l’influence, terrible alors, de leur puissance spirituelle. La Papauté s’efforçait de marcher à la domination universelle, en jetant partout et incessamment la division, en éteignant toute notion du droit civil, et en énervant l’autorité dans tous les États. Un prince la gênait-il, elle excitait contre lui ou son propre fils, ou son voisin, ou son peuple, pour le renverser ; elle mettait au concours la spoliation de son trône. Ni les liens de la nature, ni le droit des gens, ni la sainteté du serment, ni les intérêts inhérents à la tranquillité publique, ne l'arrêtaient. Les prétextes ne lui manquaient jamais pour accabler un prince qui lui déplaisait, ou dont elle convoitait les possessions, soit pour elle-même, soit pour ses favoris d’un jour. Mais aucun n'excita à un aussi haut dégrisés susceptibilités et sa haine que le petit nombre de ceux qui tentèrent de conquérir à l’Italie son indépendance et scs libertés.
Ces récriminations portent, il est vrai, sur des temps éloignés et sur des faits qui ne sauraient se reproduire avec la même intensité. Les Papes, aussi bien que les rois et les peuples, ont ressenti les effets de la civilisation. Mais la Papauté n’est pas un homme ; c’est un système que des hommes croient parfait et qu’ils se font un devoir de ne point changer, et ce système, dans ses conditions doctrinales, est incompatible avec toute autre -souveraineté. 11 part à priori d’un droit de concession divine, et implique le gouvernement universel, en vue du salut suprême des hommes. A ce point de
vue, il est tlo^me, c’est-à-dire absolu et immuable, et se formule ainsi: Le Pape a juridiction absolue sur le monde entier ; l'évêque sur son diocèse, le curé sur sa paroisse ; l'auinonier dans son régiment!... Ce qu’était en principe ce système, au temps de Grégoire VII, d'innocent III, de Grégoire IX, il l’est encore aujourd'hui. Le Pape, acculé dans l'Élat romain depuis le xvC siècle, et dans Rome depuis les derniers événements, n'a pas cédé un pouce du globe, dans sa croyance. Le monde est à lui ; il en est le gouverne\ir tout au moins indirect, là où il n’en est pas le possesseur, et son imagination, je me trompe, sa doctrine ne reconnaît pas de l)Oi nes à sa souveraineté.
En veut-on un témoignage tout récent ? .\u mois de décembre dernier (1802) un journal français qui s’est proposé, à sa manière, la diflicile tâche de la conciliation, la France, conseillait à la cour romaine des réformes, et disait que <■ le Pape n'en trouverait jamais l'occasion plus favorable ; qu'il avait derrière lui l'empereur Napoléon pour l'éclairer, le guider et le soutenir... U
Une feuille qui se publie à Rome sous les auspices de la cour pontificale, la Correspondance de Rome, ne lait pas attendre la correction à son téméraire et malencontreux champion de Paris. Elle lui rappelle sur le ton de la prosopopée le rôle de la Papauté : Admirable dans le passé, lumineux dans le présent, et jetant déjà sur l’avenir le divin ragon de sa gloire!... Le journal pontifical trouve bizarre de la part du journal la France de vouloir conseiller « celui qu’inspire itwessammeut la .sagesse divine ■ et de prêter à l'Empereur la prétention d'éclairer le miroir qui réfléchit la lumière incréée et de