‹ Du PapeChapitre 163 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

nous venons de citer d’un éminent cardinal, nous aurions encore ici le témoignage d’autres puissants adversaires. Ce sont les rédacteurs d’une revue consacrée spécialement à la défense des intérêts catholiques; des pères jésuites sa(;hant tout et disant parfois la vérité ; « Le Pape au Vatican, bien que dépouillé de son pou- « voir temporel, dit la Civilta Caltolica, aurait comme » souverain personnel une puissance immense et in- « comparablemeni supérieure à celle d'un roi d’Italie

* assis à côté de lui au Quirinal. Le Pape serait un so- « leil ; le roi serait bien aussi un astre, mais moindre, '< non un soleil. L’éclipse serait donc à Rome affaire de « tous les jours... Et n’arrivcrait-il jamais que le roi « aurait des différends avec les souverains étrangers ou « des embarras à l’intérieur? En ces circonstances, la « main d'un souverain domestique, qui ne rendrait « compte ni à lui, ni à aucun tribunal de ses actes, ne « pourrait-elle pas être un danger ? N’arriverait-il jamais

* que ce souverain personnel conspirerait en faveur des « ennemis de la patrie ou révolterait ses sujets contre « son autorité, en se mettant à la tête d’une réaction? « Qui se porterait garant de son harmonie constante « avec le roi ou le parlement? Qui voudrait répondre « que la dissension ne serait pas toujours cachée der- « riére la suspicion, et que la violence ne fut toujours « imminente?.... L’empereur des Français, bien qu’é-

* tant un des monarques les plus puissants de l'Europe, « pourrait-il consentir à laisser h l’archevêque de Paris « les immunités qu’on aurait accordées au Pape en « Italie? Non, sans doute; car une puissance si grande « encore que celle d’une souveraineté personnelle serait

O incompatible, à la fois, avec la majesté du trône et la <t tranquillité publique*... »

Tel est le langage, un peu affecté peut-être, mais net et franc, du principal organe de la cour pontificale, d'une revue publiée à Rome et rédigée par des membres d'une société également versée dans la politique et dans les matières religieuses. En présence de l'idée plus que singulière de faire résider ensemble le Pape et le roi, leur intelligence s’est fait jour avec franchise, et jouant le tout pour le tout dans la défense du pouvoir temporel, ils ont eu le courage d'avouer quelles seraient, en ce qui dépend de la Papauté, les conséquences du triste expédient qui a été imaginé pour faire deux parts dans le même royaume, d’un élément aussi exclusif que celui de l’autorité.

.\ujourd’hui donc que le problème séculaire de l'unité italienne est de nouveau posé, le véritable obstacle à cette nationalité consiste, comme il a consisté de tout temps, dans l'impossibilité pour ce royaume de contcniiensemble deux éléments d’autorité tels que le roi et le Souverain-Pontife. On semble n'y avoir pas songé. On a dit avec une facilité parfaite : l'Église libre dans l'État libre! Le principe ne pouvait être mieux exprimé ; mais dans la pensée du grand ministre qui prononça le premier cette pacifique parole, il s'agissait assurément de l'Église nationale, et non de la théocratie pontificale que nul État en particulier ne peut contenir, puisqu’elle se proclame universelle.

11 y a beaucoup de personnes, en Italie comme en France, disposées à faire une déplorable confusion du

' La Civilta caltolica, n° du 7 décembre t86l.

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