CHAPITRE XV
principe de lilærté dans son application. Il y a aussi (et il faut se défier de sa tendance plus que des hostilitcl ouvertes) un parti sentimental en qui revit cette opinion dos guelfes du moyen âge, qui voulaient la liberté et l'indépendance avec le Pape, par opposition à la domination étrangère. I/Italic ne manque pas d'hommes politiques qui vont chercher leurs inspirations dans leurs grands poètes Dante et Pétrarque, en même temps que d'autres déifient les idées désespérées ou versatiles de Machiavel. .Mais si Dante et Pétrarque furent des modèles de patriotisme aux xiii' et xiv' siècles, notre époque est plus éclairée que les temps oii la ferveur et la crainte faisaient confondre ensemble les élémens sociaux les plus opposés.
Au fait, que voulait Dante? Deux princes universels : l'un spirituel, le Pape; l’autre temporel, l'empereur! Il
les voulait séparés, parce qu'il trouvait ipie dans leur
association l’un tuait l'autre :
L'uit coir aliro insieme
Per riva forza mal convien che varia.
II les voulait l’un à Rome et l’autre en Allemagne :
Due toit, che l'uiia e l'allra tlraria h'aceaa vérifie .... {l’iirgat., c. 16.)
C'est là le |irincipe que Dante a développé dans son traité De Monarchià. Egalement attaché au dogme catholique et au culte d’un empire universel, guelfe et gibelin tout à la fois, il professait le manichéisme, bien qu’il en eût vu les tristes résultats, et c’est bien pour cela qu’il mettait dans son En(er Frédéric II, comme impie, tandis qu’il le glorifiait comme homme d'État.
Quant à Pétrarque, c’était l’enfant terrible de la démocratie romaine, le Camille Desmoulins de son temps.
Il voulait que Rome fût la souveraine de l llalie et du monde entier, comme dans ranliquilé, avec le Pape résidant. Son idéal était son ami Uienzi, qui avait pris possession de l'empire iinivers(d du haut du Capitole, au nom du peuple romain!
i’ or commesso il nostrocapp, Roma!
Si cite la neghiltosa esca tld (angu;
. . . Ogni soccorso di Uni man s’nllende.
(Canz. II.)
Ce sont là assurément de nobles sentiments; des poètes pourraient les protéssi-r encore sans conséquence; mais s’ils servaient de "uide aux hommes d’État, on ne tarderait pas à voir retomber runité et l'indépendance italienne dans le gouffre profond dont la révolution les a tirées. Nous pouvons assurer tout au moins qu’ils ne feraient pas une politique conforme au temps et aux éléments qu’ils ont sous la main, la souveraineté nationale et le gouvernement constitutionnel.
On dit maintenant ; C'est la France uniquement qui fait obstacle à l'unité italienne; c'est l’empereur Napoléon!... A la vérité, l’empereur retient par la lisière l’enfant vigoureux qu'il a aidé à sortir du berceau. Mais outre qu'il ne peut manquer d'avoir entrevu le problème tel que nous l’exposons, l’empereur n'est-il pas retenu lui-même par quelque puissance supérieure à sa volonté qui lui prescrit la prudence? Cherchez autour de sa personne, au-dessus de sa tête, sous ses pieds; cette puissance est partout. C'est le préjugé, imposant encore, de ce qui u'est plus qu'une ombre; c’est le fantôme du passé réveillant, non point en lui, mais devant lui, quelque chose îles terreurs qu’il exerça autrefois sur nos