‹ Du PapeChapitre 165 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

pères; ce sont les partis de l’ancien régime, ardents à exploiter ces craintes imaginaires et s’en faisant un appui menaçant.

D’ailleurs l’unité italienne présente dans ses résultats une portée plus grande que ne le pensent les personnes qui veulent précipiter le dénoûment. Entrer à Rome, ce n’est point assez pour le roi d’Italie; il faut qu’il y puisse rester en toute sécurité et que l'abîme de la Roche Tarpéienne soit comblé quand il montera au Capitole.

11 faut que Napoléon III, de son côté, soit rassuré sur les conséquences d’un événement qui aura, non pas une fâcheuse influence assurément, mais un retentissement considérable dans les fondements de l’Église catholique, et dont l’empereur croit jusqu’à un certain point partager la responsabilité. Mais la protection que l’empereur donne généreusement au Pape n’est pas un motif de penser qu’il se sépare des principes de libéralisme et de civilisation qui l'ont élevé au trône, et qu'il songe à chercher la sanction de sa (couronne en dehors de la volonté du peuple qui l'a posée sur sa tête. Napoléon III n’est pas un simple comparse dans le drame solennel de la révolution qui a brisé l’ancien régime et renouvelé la face du monde politique. 11 a pour mission de représenter cette révolution, tout en réglant les écarts dont elle peut être capable. Où serait, sans une telle mission, la raison d’étre de cette monarchie virile que le peuple français s’est résolument donnée deux fois pour personnifier la grande épopée du siècle? Cette raison d'être serait inconcevable, car les nations n'en viennent pas à la suprême nécessité de changer les dynasties sans quelque grand besoin social qui ne pouvait s’accomplir avec les

principes qui faisaient la base de la dynastie existante. Si la question romaine est tenue en suspens par l’occupation française, il faut croire que d’impérieuses nécessités l’ont voulu jusqu'à ce jour. Mais l’empereur Napoléon a autant de sagesse que d’amour de la justice. Aussitôt que les circonstances le lui permettront, il sera heureux, n’en doutons pas, de faire cesser un état de choses contraire au principe de non-intervention, qui est la même chose que le principe de la souveraineté nationale, sur lequel repose son règne et l’avenir de sa dynastie. Laissons donc avec confiance l’empereur juge de l’opportunité d’une mesure dont dépendent la paix publique et le bonheur d’une nation.

ImpouibilUé tbiolua de ooQciUer le Pape avec le roi.

Combien de projets pour concilier le roi avec le Pontife n’a-t-on pas imaginés dans ces dernières années 1 Les mieux intentionnés sont assurément ceux du gouvernement impérial. Mon Dieu! que n’a-t-il pas mis en œuvre pour persuader le Pape de faire des concessions capables de pallier, tout au moins, les vices de son gouvernement et de le rendre supportable à scs sujets ! L’histoire ne nous montre pas un seul souverain qui, dans sa force, ait fait pour le Pape ce que Napoléon III a fait pour Pie IX, en échange de procédés au moins singuliers, et lors même que l'empereur ne pouvait ignorer que la cour de Rome n’avait pas cessé, depuis 1848, d’être hostile à la France et à lui-même. Nous n’entendons pas louer les faits, la postérité les jugera; mais assurément jamais un autre souverain n’employa l’épée

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de la France ù remettre un Pape sur le troue, bien que les Papes aient été fré(|uemmenl chassés de Rome par les Romains.

L’empereur avait d’abord conçu le plan d'une confédération, dans laquelle le Pape se voyait attribuer une présidence honorifique, compatible avec son caractère religieux. Il proposa ensuite un vicariat, comme compensation morale de la perte de ses provinces. Ne pouvant amener le Pape à rien de raisonnable, il n’en a pas moins eu le courage de le protéger, par égard pour son caractère religieux, contre des sujets qu’il opprime. Depuis près de quinze ans, sa patience et sa générosité ne sc sont pas un instant démenties : injures publiques de la cour de Rome et de l’épiscopat, excommunication, rien n’y a fait. C’est en vain que de monstrueux abus, tels que celui qui a rapport à l’enfant Mortara, sont venus soulever ses répugnances et celles de toute l'Europe civilisée contre cette cour romaine, Napoléon III n’a point cédé à la clameur universelle: H a continué d’étendre sur la tête du Saint-Père une protection directe, livrant ainsi sa popularité à mille suppositions et aux ealomnies qui , de Rome même , sc répandaient contre lui dans toute la catholicité.

Pie IX, à son avènement au Saint-Siège, avait fuit geste de vouloir associer son gouvernement au progrès libéral du siècle. L’empereur, avec tout le monde, mais plus que tout le monde , a voulu tenir compte au Pontife, comme d’une intention sérieuse, de ce qui n’était peut-être qu’une velléité passagère d’acquérir de la popularité. Non content de l’avoir rétabli à Rome pour qu’il pût y opérer des réformes par lui annoncées, il le fit parrain du prince impérial, lui doü-

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naiit par ce t('M)ioigiia''e de haute cnnfiance une part intime dans ses sentiments de famille. Plus tard, quand il a vu le Pape plier sous le poids d'événements qu'il n'avait su ni voulu conjurer, et fourvoyé avec sa cléricature dans des embarras inextricables, toujours uniquement armé contre lui-même et contre ses amis, l'empereur a voulu que l’impératrice et son fds, comme deux anges gardiens, pussent lui recommander chaque jour le Pontife, et que le clergé français eût, par l'en tremise de leur piété, un constant accès pour faire entendre des doléances respectueuses et exposer des convictions sincères. Enfin l'empereur persiste dans sa politique de conciliation , comme on le voit dans sa lettre du 20 mai, et il ne tient pas à lui que le Pape ne reste muni de son pouvoir temporel; mais à la condition qu'il gouverne avec humanité et moralité, et que son gouvernement soit accepté des Romains. Possible ou non, telle est la politique de l’empereur. Elle ne lui gagnera pas assurément la reconnaissance d’un parti ingrat et hostile; mais il aura du moins fait une expérience décisive, qui honore scs sentiments.

Napoléon 111 a-t-il fait moins pour l ltalie que pour la Papauté? Assurément non! C'est grâce à son puissant patronage que l’illustre Cavour put faire écouter dans le congrès de Paris les griefs des Italiens et la légitimité de leurs aspirations à l'indépendance et aux institutions libérales. 11 donna une place d’honneur, dans l’expédition de Crimée, à ces braves vaincus de Novare, qu’il devait retrouver à Palestro et à Solferino; il évoqua par d’immortelles paroles l'unité italienne, sur la place de Milan ; il mit son épée et son armée au service de l’indépendance, et la victoire ouvrit aux populations de la

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