CHAPITRE XV
péninsule les voies de la liberté. Eiitin l'empereur, fidèle à une confraternité formée sur le champ de bataille, a reconnu le premier le roi d’Italie et employé son influence à le faire reconnaître aux grandes puissances. Ce sont là les faits capitaux. L'indépendance italienne, préparée par Charles-Albert et Victor-Emmanuel, à la tête des patriotes italiens, a donc triomphé avec l'appui de l'empereur des Français. Et c’est bien cette double protection, donnée avec etFusion de cœur à une révolution légitime, et, par des égards particuliers, à un régime absolument contraire, qui a amené devant Napoléon III le difficile problème sur lequel il est aujourd'hui vainement penché.
Ce problème, le gouvernement de l'empereur voudrait le résoudre de la manière suivante : le Pape ferait abandon des provinces annexées, en s'y réservant ses droits ' ; le roi d’Italie s’engagerait à respecter le territoire que le Pape retient encore au moyen de l’occupation française, et ce territoire, avec la souveraineté, serait garanti au Pontife par les puissances.
Il y a dans cette proposilion, non pus une impossibilité, mais plusieurs. Le Pape, d’abord, ne renoncera à rien, parce que la concession qu'on lui demande est contraire à sa foi. Le roi, de son côté, ne peut signer aucune renonciation relative à l’unité sans engager son honneur et sa couronne, car la révolution italienne s’est faite au nom de l’unité. Enfin est-il probable que les puissances, l’Angleterre, la Russie, la Prusse, la Suède, consentiraient à garantir, contre la liberté d’un peuple, un gouvernement qui n’a ni raison d’étre, ni intelligence,
' Nntc ilu 1 1 septembre.
ou PAPE.
ni moralité? Ce serait, croyons-nous, recommencer la sainte-alliance dans un but de faible importance. Si les grandes puissances voulaient protéger le temporel des Papes, au préjudice de la formation de l’unité italienne, elles n’auraient qu'à ouvrir le traité de Vienne, qui l’a compris dans la reconstitution des États européens. Mais les puissances y trouveraient bien d’autres pierres d’achoppement, et la plupart d’entre elles montrent, de nos jours, trop de sagesse et d’expérience acquise pour qu’on les croie disposées à prêter leur haute garantie aux abus criants et irrémédiables du gouvernement papal
Rappellerons-nous un projet qui fut encore présenté par l’empereur dans sa sollicitude pour le Saint-Siège, et que celui-ci rejeta? 11 s’agissait d'une souveraineté non gouvernante et tout honorilique, qui eût dégagé le Pontife des préoccupations matérielles et pallié 1 irrégularité ecclésiastique. Mais ce rêve de l'abbé Gioberti, du père Ventura, de Rossi, de Lacordaire, de MM. Boujean, Rendu, Martin d’üisy, d’Azeglio et autres, est moins que jamais réalisable, depuis que l’examen a pénétré au fond de la question, et que l’unité séculaire s’est présentée avec son inexorable et exclusive légitimité.
Une autre idée de conciliation, qui semble reproduire les tendances guelfes de saint Thomas d’Aquin, est celle qu'on aperçoit dans un opuscule du docte père Passaglia', et qui a été plus clairement exposée par le prélat Liverani, ecclésiastique instruit et libéral, mais uii peu na'if. M. Liverani dit sans façon : « Le peuple italien a fait « roi d’Italie Victor-Emmanuel ; eh bien! que le peuple
' Pas^aglia, Pro cauxd ilnlkd ud ipbtcoiMM.
CHAPITBF, XV.
« maintenant prie le Pape de le sacrer empereur des Ro- « mains. Tous deux seront souverains dTtalie : le Pape ■ souverain de droU, et le roi souverain de fait. Ils gou- « verneront de concert, comme (âme et le corps dans « ()wmme, et chacun dans sa capitale respective. » Le vénérable prélat dit ces choses sans subtilité de langage ; il ne doute nullement qu’il n’appartienne au Pape de disposer de la couronne des anciens empereurs romains. « Le Pape, ajoute-t-il, aurait droit à un tribut
• qui ne devrait p>oiut être versé en un mandat sur le « trésor, mais déposé en offrande solennelle sur l’autel de
• Sainl’PierreL... Les actes publics porteraient le nom
• du Pape, les monnaies porteraient son effigie, et au « revers, celle du roi' !.... »
Il serait difficile, je pense, de fain* au Pape de plus caressantes propositions. Eh bien! par la raison seule que le prélat déclarait que le gouvernement temporel n’est pas nécessaire à la Papauté, et qu'il donnait une place à Victor-Emmanuel au revers de la médaille, il s'est vu conspué et renvoyé de Rome, à la suite du père Passaglia, par tout ce qu’il y a dans la ville sainte de mieux pensant. Allez donc, après cela, parler au Pape de conciliation!...
Tous les projets de conciliation entre le roi d’Italie et te Pontife sont de vaines tentatives, en ce qui concerne la souveraineté en Italie et dans la ville de Rome, sa capitale naturelle. Si l'on persiste à tenir les choses dans cet antagonisme né de l’appui donné à la résistance aveugle du Pape, il y a fatalement duel à mort entre l'unité italienne et la Papauté. L’Ualic ne vrculera
' Liverani, Il Pupa. l'imperio, e U n'ijiio d'ItalM,
DU l'APK.
pas; elle ne voudra pas retomber dans cette division énervante qui causait tant de regrets à Napoléon 1", et faisait dire à l’illustre captif de Sainte-Héléne : « Com- • bien je plains mes bons, mes chers Italiens ! Les mal- « heureux sont distribués par groupes, divisés, séparés ■ par une cohue de princes qui ne servent qu’à fomen- « ter leur désunion, briser les liens de la nature qui les « unissent, et les empêcher de concourir à la liberté « commune! » Telle était en efl'et la situation des Italiens, il n'y a pas plus de quatre ans, et dans laquelle des ennemis acharnés cherchent à les plonger de nouveau. Napoléon 1" ne voyait d’autre remède à l'oppression des Italiens que runité politique et civile de leur patrie, et il proclamait que Rome devait en être la capitale
Mais s'il n'y a pas de transaction possible entre le roi d'Ilalie et le Pontife romain sur le terrain politique, où l'un possède tous les droits, tandis que l’autre n'en a aucun, il y a une solation parfaitement conforme aux principes respectifs et aux intérêts bien compris des deux parties. Cette solution consiste à laisser au roi tout le champ de la politique, c’est-à-dire tout son royaume, et au Pape tout le champ de la religion qu'un royaume ou une capitale ne saurait contenir, et à laquelle les lieux sont indifférents. A cette double condition, l'Évangile chrétien sera réhabilité dans l’Église, et la souveraineté nationale obtiendra satisfaction dans l'État.
* Uémotre» dt Antomtrchi,
La qaestion de droit.
Avant de prendre une conclusion plus précise en ce qui concerne la position à faire au Pape, qui ne doit pas être roi et ne peut devenir sujet, nous voulons examiner le.s situations respectives du souverain idéal et du souverain réel, au point de vue du droit public.
ün a dit aux Italiens : Cherchez une autre capitale que Rome! Ne serait-il pas plus raisonnable de dire au parti catholique ; Acceptez une autre résidence pour le Pape?... Car enfin, le lieu de résidence n’a pas une importance vitale pour la Papauté, qui est universelle, et, par conséquent, cosmopolite, tandis que Rome est absolument indispensable à la nationalité italienne, mise en péril par la rivalité naturelle d’un certain nombre de villes d’égale importance.
Le parti catholique entend conserver au Pape Rome et la souveraineté temporelle. Mais sur quel droit, désormais, fonde-t-il cette prétention? De quel droit le Pape, après avoir été repoussé de la souveraineté universelle, que lui avait attribuée une foi erronée au moyeu âge, règne-t-il encore aujourd’hui à Rome et sur les Romains?
L'on a invoqué, dans ces derniers temps encore, des donations qui auraient rivé, depuis raille ans, la chaîne d’un peuple au siège pontifical ; on a voulu voir, en conséquence de cette fiction, une sorte de majorât de la catholicité dans l'Etat romain... Ces donations ne sont ni vraies ni sérieuses, nous l’avons suffisamment démontré, et quant au système d’un majorât catholique, il a été si bien réfuté et si faiblement .soutenu, que nous
ne croyons pas nécessaire de nous y arrêter*. Rome et les Romains n'appartiennent qu’à eux-mêmes. Déclarés indépendants après la chute de l’Empire avec un territoire considérable, ils ont été gouvernés, soit par des Papes élus, depuis Grégoire II jusqu’à Grégoire VII, soit par leurs consuls, et ont conserx’é constamment pour base de leur souveraineté le sénat et le peuple. Le droit des peuples d’ailleurs ne prescrit pas.
Mais depuis que Grégoire VU, après avoir été élu par acclamation, retrancha le peuple de la participation aux élections qui confondaient dans un commun vote le gouvernement et la Papauté, le Pape est resté sans droit au domaine politique, et, soit dit sauf les égards dus au caractère et à la personne du Saint-Père actuel. Pie IX est en flagrant état d’usurpation. Il ne règne, en effet, ni par le droit héréditaire, ni par la volonté nationale, les deux uniques principes admis dans le droit public, lin conclave l’a élevé au siège pontifical; je n’ai pas à rechercher la validité de l'élection ainsi faite de l’évêque du diocèse de Rome et du chef de la catholicité ; mais
‘ Ce fut au Sénat de France, en 1860, que se produisit pour la première fois la singulière idée de faire de l’État romain Iti propriété de tous les cnlhuliqrtes. C’était par l’organe de .M. l’arihevêque de Bordeaux. M. le procureur général Dupin repoussa, sans être contredit, une pareille prétention.
Quelque temps après ce peu de succès de l’idée nouvelle, le gouTcrnement espagnol crut pouvoir s’en autoriser pour proposer au gouvernement français de prendre part à l'occupation de Rome. Le gouvernement de l’Emiiereur, par l’organe de .M. Thouvenel, son ministre des affaires étrangères, fit réponse (note du 6 juin) que les Etats pontificaux avaient été, en 1815, l'objet d’un traité signé par toutes les grandes puissances, dont la moitié n'étaient pas catholiques, et que ces États ne pouvaient être, par conséquent, considérés comme intéressant particulièrement la catholicité...