‹ Du PapeChapitre 168 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

soudre sur le terrain exclusivement politique, une question qui se donnait pour religieuse. Ils en sont punis par l’impuissance où nous les voyons de trouver une solution qu’un enfant leur eût indiquée l’Évangile à la main. '

De Maistre, qui a plus qu'un autre levé le voile de la Papauté, par amour pour elle et pour la mieux contempler, ne comprenait pas que l’on donnât le nom de temporelle à la puissance du Pape ; il ne voyait dans cette puissance que l’effet logique d’un pouvoir spirituel. « Les Papes, a-t-il écrit, ne se sont jamais rien attribué « qu’en vertu de la puissance spirituelle, et la question * se réduit absolument à la légitimité et à l’étendue de « cette puissance. Si l'exercice de ce pouvoir, reconnu « légitime, amène des conséquences temporelles, les « Papes ne sauraient en répondre, puisque les consé- « quences d’un principe vrai ne sauraient être des « torts*... » Voilà un auteur qui va ouvertement au fond de la question. Le pouvoir temporel du Pape a sa source dans une cause spirituelle, et tout se réduit à examiner si cette cause est légitime, c’est-à-dire vraie; ou si elle n’est qu’une hardie fiction du moyen âge? Eh bien ! c’est ce principe même que devaient examiner les hommes d’État, puisqu’il donnait lieu à la question politique. 11 n’est pas sérieux de vouloir juger un fait sans recourir à la cause qui le produit, et en dehors d’un tel examen nos diplomates étaient impuissants à résoudre la question romaine. De Maistre, avant tout, croyait au droit divin; il était venu au monde avec cette croyance, comme avec celle de la légitimité monarchique, et con-

* De Maistre, Du Pape, liv. Il, ch. viii.

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fondait constamment ensemble ces deux principes imaginaires dans l’extase de ses visions. Nos hommes d'Ëtat sont-ils de l’école de de Maistre et autres ultramontains contre l’Évangile, à la fois, et contre les principes du droit moderne des peuples? ou bien ne se croient-ils appelés qu’à enregistrer des faits accomplis dont ils ne connaissent point l’origine morale? Si au lieu de laisser prendre position au Pape derrière un pouvoir spirituel arrangé par les théologiens, de manière à engendrer logiquement la domination temporelle, ou plutôt la velléité turbulente et stérile de cette domination, on avait dit au Pape que la fiction du droit divin n’avait plus cours dans les esprits; que le moyen âge était fini; il eût probablement senti la portée de l’argument et fût peut-être rentré prudemment dans le sanctuaire où, certes, personne n'aurait été l'importuner. Vous avez eu l’air de reconnaître le principe sur lequel la Papauté a fondé de tout temps sa domination théocratiijue, et vous lui avez refusé ensuite toutes les conséquences de ce principe; par cette politique indécise et sentimentale vous avez, j’ose le dire, mis dans l'erreur le Saint-Siège et exposé la paix publique.

Si vous aviez foi dans le droit divin de la Papauté, pourquoi lui résister ? Est-il raisonnable de faire même des observations au Pape • qu'inspire incessamment la sagesse divine, qui réfléchit la lumière incréée et qui a été établi par Dieu pour être la voie du genre humain, » selon les expressions que nous avons lues précédemment et qui sont en tout conformes à l'orthodoxie du Concile de Trente? « Prétendre que le Pape se trompe, dit encore de Maistre, c'est se révolter contre lui ; et se révolter contre le Pape c’est résister à Dieu lui-même! •

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