LE CHRISTIANISME ET LA SOCIÉTÉ ROMAINE
E*i )i il du clirisliauismo. — Modesi ic et probile des prt'Ircs cliivUcns. — C.iraclèrR et afTaiblissenieiit de la sncii'té antique; elle s'affaisse faute d'un nouveau principe d’aetiviti}. — Le rliristianismc lui apportait ce principe. — Forme fédérative des Églises. — Opinion de lytngin et d'Amniien sur les causes de la décadence. — La sève sociale épuisée dans la société de l’Empire.
Pour comprendre le rôle que le christianisme venait remplir dans le monde, il ne faut jamais perdre de vue que sa doctrine est toute spirituelle. Cette doctrine avait pour objet spécial la permanente régénération de l’homme, qui, dans ses rapports, par les sens, avec rélément terrestre, tend continuellement à s’en imprégner et à fixer ràmc dans une région où ne se borne point sa destinée. La morale évangélique n'a pas d'autre but pour ce ({ui est de l'individu.
Quant au point de vue social et final du christianisme, il se résume dans cet idéal ; une famille dont Dieu est le père, une famille animée par l’amour et conservée par la vertu.
L’Evangile a des préceptes pour l’homme et la famille, il n’en a pas pour le gouvernement des empires, et son influence sur la civilisation ne se fait sentir qu'à
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la faveur des améliorations que son principe permanent verse dans les individus. C'est en dépouillant, sans altérer sa nature, ce qu’il y a de grossier et de répulsif dans l’homme, qu'il le rend de plus en plus propre à vivre avec ses semblables, et digne de se réunir à Dieu après les épreuves de la vie. Mais pour ce qui est des conditions organiques du gouvernement, la morale chrétienne se récuse dans sa divine sagesse; elh; n’entend pas être le pouvoir expérimental et parfois violent qui ébranle la terre, mais la lumière qui l’éclaire et la féconde de son ciel.
C’est dans ce détachement absolu, et par ce dédain des choses qui flattent le plus l’ambition ; c’est dans ce parfait caractère de moralité (ju’on découvre la raison d’être et de rapide propagation du christianisme, à l’époque oii il parut au sein de l’empire romain, qui était alors l’empire universel.
L’Empire n’avait pas assurément tous les défauts que des ennemis systématiques de l’antiquité lui ont prêtés. Il ne manquait, dans l’ensemble de sa constitution, d’aucune des conditions nécessaires au pouvoir politique; il possédait les lois les plus parfaites, une administration modèle et une haute prospérité.
L’agriculture, l’industrie, le commerce, les lettres, les arts, la philosophie, les sciences présentaient dans son sein un ensemble d’éléments sociaux que le culte religieux contribuait encore à rendre plus imposant. On a vanté le siècle d’Auguste pour la magnificence et les lumières. Ceux de Titus, de Marc-Aurel et des Antonin, princes vertueux, marquèrent pour les nations l'épo({ue la plus fortunée qu’ait enregistrée I histoire. Jamais l’unité organique n’élait parvenue à un degré de réali-
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sation aussi élevé, ol le monde entier, au comble de la paix, semblait avoir atteint à l’apogée de ses destinées.
Et cependant il manquait au monde quelque chose d’essentiel. Tant de prospérités cachaient, sous leur éclat, bien des misères morales. Le calme donné à l’Empire par la .soumission de toutes les nations connues, en supprimant le but de son activité, laissait peser sur lui une fatigante oisiveté. Les esprits cherchaient vainement une issue nouvelle au progrès des idées. Dans les classes élevées, beaucoup d’hommes croyaient à tout et à rien, et le scepticisme allait aussi souvent se réfugier dans les jardins voluptueux d’Épicure que dans les cer-. des austères de Zénon. Ou ne se gênait pas pour dire en plein forum qu'après la mort il n’y avait plus rien, j)aroles qui, à vrai dire, étaient vivement relevées par des orateurs pieux et convaincus'.
' On croit trop légèrement que l'antiquité n’avait pus de religion ; elle en lit , au contraire , une profonde étude. Voici comment s’exprime Maxime dans une lettre adressée à saint Augustin et rapportée par ce Père de l’Église : t II n’y a aucun homme instruit, parmi nous, qui ne soit persuadé qu’il n’existe qu'un seul Dieu, qui ne doit sa naissance à aucun autre; qui n'a jamais commencé et n’aura jamais de fin ; qui est l’auteur tout-puissant de la nature. — Les statues dont nos temples sont remplis et celles qui ornent nos places publiques représentent les divei-s attributs de l’Étrc éternel! Nous lui oll'rons noire culte sous diiïérents noms, parce que nous ignorons celui qui peut lui convenir en particulier ; et c’est pour mieux l’adorer, que nos hommages
s’adressent à tout ce qui iiorlc l’empreinte de sa puissance »
Cicéron a dit dans le mémo sens ; « Le Dieu unique (|u’adorenl plusieurs nations est notre Jupiter, sous différents noms. 11 n’y a que la multitude qui voit dans les slatues de véritables dieux. Ce qui a rendu nécessaire la multiplication des images, c'est la dilBculté de donner une définition ù l'Élre-Supréme qui lescoinporic toutes. Le culte, en général, s’adresse au très-grand et lrcs-bt)n. On lui donne l'épithèle qui liait de la cause de l’adoralion ; Stator,