‹ Du PapeChapitre 18 sur 192 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'esprit bumaiii a besoin d’être soutenu conslannncnt dans sa niarche, par la pensée d'un but moral à atteindre. Le but de la société romaine avait été rentériné dans le cercle de la conquête, et l'orgueil de la domination universelle avait constamment été son principal mobile, l'n amas énorme de richesses dans lu capitale et dans les grands centres les avait sati.sfaits et mis lin à son énergique tendance, et un profond ennui s'était emparé de toute la spciété. — Elle languissait, elle

en supposant qu’il a foudroyé l'ennemi ; Depredator, (juanJ on lui fait hommage de la victoire > (Cicéron, De Nat. Deor.)

La religion, selon Platon, t est le moyen de jonction entre la morale et les lois humaines, et constitue la base de toute société. » (Républ.)

Aristote n’admet pas de juMire sans le principe religieui, et c’est bien la même |ienséc que Cicéron exprime d’une favon trè&remarquable lorsqu’il dit : < Supprimez la piété einers les dieux, il n y a plus de bonne fol, ni de société; toute vertu, loule justice ont dis[>ani. » Cicéron ajoute que les cérémonies du culte exercent d’une manière générale une puissante iiülucncc sm- les esprits, et qu’il n’en est aucune, jusqu'à celle des aruspices, qui n'ait contribué à la grandeur et particulièrement aux conquêtes de l’empire romain. (De Nat. Deor.\

L’au!i(]uité avait au-ssi sa théologie. Varron lui assigne troiî divisions : la fabuleuse, la naturelle et la civile. • La première, » dit-il, f est à l’usage des poêles, qui en ont souvent abusé; la seconde à l’usage des philosophes, tjui ne doivent la discuter que dans lu sein des écoles; la troisième doit être un objet d’étiule pour les citoyens et les prêtres qui s’occupent dos formes du culte. Les savants et les hommes d’État doivent faire de toutes ces divisions l’objet de réflexions sérieuses, aün d’en faire découler le perfectionnement de la législation. Il y a des vérités que le vulgaire ne peut atteindre, et des erreurs qu’il faut lui laisser respecter. B (Varro, in Aaÿusl. Lib. Dei.)

« Uuant a la multiplicité de nos dieux, > dit encore Varro.o, € elle sert à rendre l'action de la Divinité plus présente dans tous les lieux; à encourager celui qui est disposé à faire le bien , et à

inspirer la terreur à ceux qui médi'enl le crime > (Varro,

De Atttiq.)

r>U PAPE.

s'affaissait sur elle-même faute d’un principe nouveau capable d'élargir la base de son édifice, et d’en élever le sommet. La littérature était tombée dans des répétitions monotones. Les capitaux accumulés n’avaient pas, dans la production de l’économie générale, une destination comme celle que l’association produit de nos jours, donnant une issue sans bornes à la spéculation des esprits et à l’activité du travail. Les bras, lorsqu'ils déposaient les armes, étaient inoccupés, et leur oisiveté entraînait le déréglement de l’esprit.

Mais un mal plus actif rongeait encore le sein de l’Empire. Tandis que le peuple citoyen se contentait de . pain et de spectacles, il y avait une multitude privée de toute participation aux bienfaits de la commune cité; un grand nombre d'esclaves mallieureux demandaient vainement leur place au brillant soleil qui éclairait tant de prospérité. Une telle situation était infiniment critique; la société romaine avait besoin, non pas d’être détruite de fond en comble, comme elle l'a maUieureusement été, mais de se voir ranimée par une doctrine en opposition avec l’inertie et l'inharmonie de ses éléments. Telle est, indépendamment de la raison traditionnelle et religieuse, la raison historique de la venue du christianisme, et la nécessité où se trouvaient de sa divine morale les sociétés.

Le christianisme généralisait la connaissance d’un Dieu dont jusqu'alors le vulgaire n'avait guère connu que les attributs divisés en cultes divers; d’un Dieu père de tous les hommes, l'assurance de l'immortalité des âmes, la pitié pour les faiblesses et les souffraiices, la condamnation des sensualités scandaleuses du siècle, et en particidicr de l'oiiprcssion des faibles par les forts.

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