‹ Du PapeChapitre 170 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

J’ose croir», en conséquence, que les hommes d'Étnt ont uu moins fait preuve d’une réserve excessive en ne pas acceptant la question des pouvoirs telle que le Pape, de bonne foi assurément, la présentait. Le Pape s'est cru le droit d'être roi, au nom de la religion, et vous avez ouvert avec lui les négociations de manière à lui laisser croire qu'un tel droit était reconnu. Puis un colloque s'est engagé entre vous et le Pape, l'un parlant la langue politique, l’autre la langue tliéologique ; vous ne vous entendiez pas. N'était-il pas plus rationnel d'accepter les négociations sur le terrain où les retenait le Pape?

Il disait : C’est de la religion.

Eh bien! vous n’étiez pas exclus de l'examen d’une semblable proposition. Il ne s'agissait pas là de célébrer les saints mystères, d'administrer un sacrement, de formuler un dogme ou de canoniser les martyrs du Japon. La question se réduisait à savoir si le christianisme est, de son essence et dans sa mission, un enseignement moral ou bien un gouvernement. Vous pouviez légitimement ouvrir l'Evangile, comme nous l'avons fait au premier chapitre de ce livre, et, par uu examen sérieux, tirer le Pape d'une erreur qui le tient hors de la voie des sociétés modernes.

11 n’y a dans le monde que deux puissances ; celle de Dieu, qui se manifeste dans les consciences aux appels de la morale, et celle de César, qui se produit au grand jour, investie des lois de la société. Le Pape n’a pas de pouvoir proprement dit; il a reçu de Dieu, comme le sacerdoce tout entier, des grâces et des vertus qui, lorsqu’elles ont fructifié en sa personne, le rendent propre à inspirer la confiance et à faire obéir les

hommes ■ par la seule vertu du Seigneur, » selon l’expression desuintPaul.il fallait en conséquence persuader le Pape de rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, et de s’en tenir à paître, dans sa haute sphère ecclésiastique, les brebis du Seigneur. Par une conduite si simple, la diplomatie eût préparé sans bruit la solution de la question romaine. Pie IX, qui est animé de bons sentiments, mais cerné par une prélature dont les intérêts collectifs s’imposent, comme religion, à la catholicité, selon l’expression du marquis d’Azeglio*, eût compris à quel péril s’exposerait un Pontife en se mettant en contradiction ouverte avec l'Évangile, qui est avant tout la loi du sacei'doce. Le Saint-Père eût peut-être fait comme fit le vénérable Pie VI, qui, aprè.s la suppression du pouvoir temporel, ne songea plus qu’à donner au Pontificat une direction exclusivement spirirituelle.

Chateaubriand, qui s’inspirait de l’esprit du christianisme, eu même temps que de Maistre écrivait ses dithyrambes en l’honnour de la Papauté temporelle, avait cru pouvoir prédire que « l’époque politique du christianisme allait finir et que son époque philosophique allait commencer; que le Pape renoncerait au pouvoir temporel et que le clergé tout entier rentrerait dans les voies de la primitive Eglise’. » Cette prédiction, qui nous semble un, trait de lumière pour la Papauté, eût été en voie de se réaliser au grand profit des sociétés chrétiennes et de l’Eglise.

Mais le contraire a lieu aujourd’hui. Le Pape, auto-

* La Politique et le droit chrétien.

* Cliateaubriand, préface des l)i*c.

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risé dans son erreur, s’obstine de plus fort à la possession du pouvoir temporel, et le haut clergé catholique, égaré avec lui, semble en faire une question d’existence pour la religion. C'est là, nous le répétons, une situation grave: je ne dis pas pour l’Église apostolique, elle n’a rien à redouter; mais pour la Papauté, qui, pouvaat se modifier à son propre avantage, en même temps que dans l’intérêt de l’Italie et de la paix de l’Europe, préféré accepter une lutte dans laquelle tous les principes sont contre elle. Qu'elle soit protégée par l’épée d’une valeureuse nation, c’est beaucoup; mais est-ce assez pour garantie d’une cause qui est à jamais perdue dans les esprits? Nous ne le pensons pas. La Papauté étant reconnue l’obstacle permanent à l’unité italienne, et l’unité étant dans les aspirations des Italiens comme dans la nature des choses, l’heure fatale sonnera un jour pour la cour romaine, et il ne restera entre l’Italie et le Pape qu’un mortel ressentiment.

Mais si la position prise par la Papauté entraîne pour elle de graves périls, quelle n’est pas, d’un autre côté, la position faite au roi d'Italie? Le royaume d’Italie reste exposé sans cesse à l’action dissolvante d’une théocratie encore accréditée dans certaines régions, et dont le but avoué est la souveraineté universelle, soit indirecte, soit directe. Une pareille souveraineté, bien qu'elle n’ait aucun fondement réel, est un danger pour toutes les autres souverainetés et en particulier pour celle d’Italie, par la raison qu’un droit fictif accrédité a la même force qu’un droit positif. Tout principe reconnu a en effet son mouvement logique à travers le monde, et celui de la théocratie est de beaucoup plus actif et plus subtil que tout autre; il n’est puissance

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DU PAPK.

d’État qui ne doive compter avec lui aussi longtemps qu'on y croira.

Combien de peines n’eurent pas les anciens souverains chrétiens à lui résister, les uns à force ouverte, les autres par des ruptures complètes , un grand nombre au moyen de protestations ou déclarations de droits, qui laissaient au Pape une part précieuse dans le gouvernement de leurs États! Et de quoi s' agissait-il constamment? 11 s’agissait constamment d’intéréls temporels enviés ou en\-ahis; de questions d’argent, de bénéfices, de simonie, sous le prétexte religieux. 11 est donc bien clair que la meilleure politique à suivre vis-à-vis de la cour romaine consiste à démasquer la viduité de cette théocratie, qui tient sans cesse le Pape en péril de se heurter aux pouvoirs d’Etat et d’en subir la réaction. Mais en attendant, et pour obvier au danger, tout à la fois, d’un schisme religieux en Italie et de troubles dont on ne saurait apprécier la portée, il est nécessaire de faire au Pape une situation qui, en le mettant à l'abri de toute violence, et en réalisant son indépendance religieuse, oti're en même temps à l’Italie une garantie assurée contre les troubles auxquels elle se verrait incessamment menacée par le contact immédiat de la Papauté.

De U position i faire au Souverain-Pontife.

La question, selon nous, ne consiste donc pas à savoir comment on conciliera le Souverain-Pontife et le roi d’Italie, mais au contraire comment on les séparera.

Le roi est sur son terrain, dans .son droit et daii-s .son

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principe. 11 ne peut reculer sans que la nationalité ne recule avec lui, sans que sa couronne, devenue celle d'un grand peuple, ne soit compromise. Est-ce là une fatalité? Non; c’est la logique d’un principe vrai et un progrès légitime. Un peuple a grandi dans le berceau que lui donna la nature et qui tient à sa substance. Il ne s’agit pour ce peuple ni d'usurpation ni de conquête; c’est sa terre, c'est son soleil; laissez la terre natale et le soleil de leurs pères aux Italiens 1

Le roi arrivera h Rome par la voie naturelle des évê^ nementsqui concourent à former l’agrégation nationale. Rome aujourd’hui, comme au temps de Martial et d’Horace, est la ville reine, la capitale que tous les Italiens réclament, et devant laquelle s'inclinent toutes les rivalités. ün a dit que si la France en retirait ses troupc's, la révolution y entrerait; c'est le contraire qui aura lieu; car, à Rome, le gouvemenient sera dans son assiette et infiniment plus fort contre les partis. Il y sera fort de toute l’opinion nationale satisfaite, tandis que la réaction, an contraire, verra .s'évanouir ses dernières espérances, et que le parti de l’action se trouvera désarmé du dangereux grief que lui fournit une résistance injuste. Sans Rome pour capitaU*, le gouvernement italien n’a pas l’unité et la cohérence; il manque d'un point central de vue et d'opération, et si l’unité est faite, comme on s'est plu à le dire, elle n’est pas assurée ; le pays n’est pas dans des conditions à être ehsolument tranquille, et une nouvelle révolution peut fatalement sortir d’un état de choses dans hvjuel le développement natvirel de l’organisme st' trouve sysicmatiquement empêché!

Telles soûl les raisons, à la fois philo-'^opluques et

politiques, pour lesquelles il n'y a pas à discuter la position du roi.

II n'en est pas de même quant au Souverain-Pontife, qui doit, par la forc(* des choses, perdre la souveraineté temporelle, sans pouvoir convenablement devenir citoyen d’aucun Etat en particulier. Il faut trouver au Saint-Père une position dans laquelle, sans être ni prince ni sujet, il voie son indépendance et sa dignité assurées. Le problème ainsi posé, nous appelons à notre aide, pour le résoudre, tous les hommes de bonne volonté ; ceux en particulier qui voudront bien croire que nous traitons avec sincérité une question de principe, et que nous n’avons d'autre but (jue l'intérêt de la société et l’honneur delà religion.

Le Pape étant le chef des Eglises catholiques répandues dans le monde entier, n’a-t-il pas un caractère essentiellement cosmopolite? Ne j)ourrait-il pas résider partout, si ce n’étaient les inconvénients qui s’attachent à sa résidence dans un pays de préférence à un autre, et les questions d’État et de politique que sa présence pourrait y soulever? C’est ce caractère de personnelle universalité et d'indépendance qu’a très-bien reconnu au Pape un écrivain dévoué à la cour romaine, dans un livre publié en faveur du pouvoir temporel, et en prévision d'une éventualité qui en priverait le Saint-Père.

• Le Pape à Jérusalem, en Amérique ou dans l'Océanie, « dit M. Dupanloup, serait toujours le chef de l’Eglise, « le souverain spirituel des âmes, le vicaire de Jésus- « Christ sur la terre. Si les Romains venaient jamais à « le renvoyer, le successeur de saint Pierre, devenu

• évêque de Rome m partibus infidelium, resterait tou-

• jours, en quelque endroit qu'il fût du globe, le père

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