CHAPITRE XV
« commun des fidèles. Il pourrait traverser les mers, et « la croix et l'Évangile d’une main, les constitutions « de l’Église de l’autre, transporter ses pénates sacrés « dans une ville ou dans un désert du Nouveau-Monde. « L’Église voyagerait, aborderait, s'arrêterait avec lui, « et nous dirions encore avec saint Ambroise : Ubi • Petrus, ibi Ecclesia! Comme le soleil immobile au fir- « marnent, cet homme pourrait paraître changer de « place sur la terre, mais, immuable sur sa base divine, « il rayonnerait toujours sur le monde entier. De tous « les points de la catholicité, les âmes ne cesseraient « de se tourner vers lui, et il pourrait s’appliquer « avec le plus impérissable droit cette grande pa- ■ rôle :
c Rome n'est plus dans Home , elle est toute où je suis ! ' p
Voilà, dans un style inspiré, la déclaration d’un prélat placé par ses lumières et son talent au premier rang dans l’Église de France. 11 reconnaît implicitement que l’indépendance du Souverain -Pontife est placée plus haut que le pouvoir temporel, ou une résidence quelconque. 11 proclame que la piété des fidèles ne serait point diminuée envers le Pape, après l’exonération des soucis qu’entraînent à leur suite les grandeurs du monde. Si donc la vérité est là, et nous le croyons, pourquoi la chercher dans une dirction opposée? Pourquoi ne pas avoir une foi entière à cette lumineuse théorie de l’ubiquité pontificale? Le Pape est cela, en effet, ou bien il n’est qu’un simple évêque. C’est compromettre gravement la Papauté que de lui accorder moins que l’uni-
' Dupanlonp, La Soui'erainetif pontificale selon le droit catholique et le droit européen.
versalité dans le domaine des Églises catholiques. Saint Paul avait déjà dit, en parlant de l'apostolat : « Nous « n’avons point ici de ville permanente, mais nous « cherchons celle que nous devons habiter un jour'. » Nous savons néanmoins que dans la pratique des institutions il y a souvent quelque chose à retrancher des entraînements de la foi, comme des transports de la poésie, et nous ne voulons point que notre adhésion aux paroles du vénérable évêque d’Orléans ait l’air d’une surprise. Nous irons avec sincérité au devant des principales objections que soulève le déplacement du siège pontifical. Le Saint-Père ne saurait être un proscrit; il n’est condamné à errer ni sur mer ni sur terre, bien que toutes les voies s'ouvrent librement sous ses pas. Mais nous croyons qu’il peut trouver dans on changement de résidence des avantages précieux pour la religion et pour la société. 11 s’agit seulement, selon nous, de l•encontrer un lieu où, protégée conti-e elle même, la Papauté ne puisse plus se heurter à la politique ou être importunée par ses exigences, ni soumise à des nécessités inévitables, comme celle qui se présente aujourd’hui en Italie.
On ne saurait raisounablement supposer que la résidence de Rome soit indispensable à l'exercice des fonctions spirituelles du Pontife, ni à sa haute juridiction sur les Églises. Bien des fois, dans le courant des siècles, les Papes se retirèrent hors de la ville éternelle, pour se dérober aux vicissitudes des événements politiques, et pouvoir exercer avec plus de tranquillité leur ministère, sans qu'il en résultât aucun inconvénient pour
’ Saint l’aiil anx llélir., ch. xiii, v. 1 1.