CHAPITRE XV
la religion. Les villes de Viterbe, d’Orvietto, de Bénévent, d’ Assise, d'Agnani, de Tivoli, de Montefiascone, de Salerne, d’Avignon, de Savone, de Gaëte ont servi de résidence aux Papes, et l’on a remarqué qu’à ces époques d’émigration de la cité romaine la Papauté donna plus particulièrement l’étonnant spectacle de la supériorité de l’autorité morale sur la force matérielle. En ces circonstances, la piété des fidèles, loin de souffrir, ne devenait que plus fervente, et les regards de la chrétienté étaient salutairement détournés de cette Rome, où s’accumulaient sans cesse, comme fruits de l’ambition, des désordres de toute nature. On peut même dire que, durant tout le moyen âge, les cœurs étaient à 1a Papauté sans s’inquiéter nullement des oscillations qui pouvaient surv'enir dans sa résidence. La Papauté, pour la chrétienté en général, était comme un mythe, l’idée préconçue de l’autorité religieuse. Non-seulement cette idée florissait dans l'Église, sans un grand souci de sa résidence, mais encore indépendamment de la personnification pontificale. Elle vivait d’elle -même, avec l’aliment des diverses inspirations chrétiennes, comme un principe adapté à l’état des mœurs et réputé nécessaire. Ce qui le prouve, c’est que la Papauté conservait son prestige dans les esprits, alors même que plusieurs Papes montaient à la fois sur le Saint-Siège, comme un démenti flagrant de l’imité personnelle, et donnaient séparément ou tous ensemble des spectacles peu édifiants. Le principe vivait assurément de sa propre essence, et si l’autorité et l’unité n’eussent pas puisé force de croyance à une source plus élevée que la personne et la résidence du Pape, le christianisme eût-il pu
traverser ce long et obscur labyrinthe du moyen âge, oü tant d’autres institutions se sont abîmées?
Il y a à Rome, dira-t-on, des raisons historiques, des traditions sacrées, qui sont comme le patrimoine de la chrétienté. Nous n’en disconvenons pas; mais dès sa fondation, cette ville contient des illustrations chères à l’Italie, et dont son histoire ne saurait être dépossédée. Qui fit donner à Rome le nom de reine du monde et de ville éternelle? Qui couvrit son sol des plus beaux monuments de l'antiquité et en fit le centre des lumières, des arts et des vertus d’une première civilisation? Ce furent les aieux des Italiens; et voilà pourquoi ce peuple flétri, souillé à travers les siècles par tous les genres d’oppression, n’a pu oublier le berceau de sa nation; voilà pourquoi, d’une extréndté à l’autre de la péninsule, il aspire encore aujourd’hui, comme un seul homme, à embrasser les murs et les monuments vénérés de cette illustre cité.
Si des souvenirs religieux s'attachent à Rome devenue chrétienne, 1e catholicisme possède assurément d’autres lieux aussi dignes de son respect. La Rome des Papes ne fut pas constamment un sujet d’édification pour le monde. Son histoire, fondée sur des fables du genre de V Évêché de saint Pierre et de la Donation de Constantin, n’est pas irréprochable, et l’on sait que durant tout le moyen âge elle fut un centre d’intrigues vénales, de discordes politiques, et l'exemple des mauvaises mœurs.
Les souverains, a-t-on dit, n’osèrent jamais y établir leur demeure : « Les puissances terrestres s’en tenaient éloignées, comme frappées de terreur à l’aspect de cette majesté désarmée!.., » Les de Maistre, les Montalembert et d’autres écrivains du parti catholique ont