‹ Du PapeChapitre 173 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

répété cette métaphore, contenue dans la prétendue donation de Constantin. Mais rien n’est moins exact que la prétention qu’elle exprime. Pour faire un litre à la Papauté de ce que les empereurs se sont abstenus de résider dans la ville de Rome, il faudrait prouver qu’ils eurent constamment pour les Souverains-Pontifes une déférence entière, un respect absolu. Celte condition ne se rencontre pas dans riiisloire. On y voit, au contraire, que les empereurs firent tous leurs efforts pour maintenir leur souveraineté temporelle sur les Papes. Les empereurs ne résidaient pas à Rome par la raison bien simple que tous étaient des princes étrangers, pourvus de leur trône et de leurs sujets, français, allemands ou espagnols. Mais ils allaient à Rome quand bon leur semblait. Ils y maintenaient des officiers qui les représentaient et s’y portaient les armes à la main, sans trop de respect. Si les empereurs eussent été des princes italiens, ils auraient assurément établi à Rome le siège de leur empire. Les Papes n’en doutaient pas, et c’est bien pour cela qu’ils s’efforcèrent constamment de faire manquer l’établissement d’une nationalité italienne et d’appeler des princes étrangers à régner sur l’Italie. L’abstention des empereurs de se fixer à Rome n’est donc pas fondée sur un respect absolu de la résidence pontificale, bien qu’ils aient pu, eu général, avoir des égards pour l’autorité du Pontife. Les Romains eux-mémes ne firent pas difficulté, à plusieurs époques, de renvoyer les Papes quand ils les gênaient pour mettre à l’aise leur propre gouvernement. Au reste, la Papauté, au moyen âge, jouissait d’une influence quelle est loin de posséder aujourd’hui. En faisant parfois diversion, comme nous l’avons vu, à la

tyrannie des monarques et des seigneurs pour ses iutérêts particuliers, elle s*^ gagnait l'appui des peuples et disposait par cela même d’une force moi-ale, avec laquelle les souverains devaient le plus souvent compter. En est-il de même aujourd'hui ? Les peuples trouvent-ils dans la Papauté une protection contre l’exagération du pouvoir des princes et lui sont-ils dévoués? Bien au contraire, les peuples se voient forcés de recourir aux lumières et à l’humanité des princes contre Rome, et celle-ci n'a des bénédictions que pour les gouvernements rétrogrades qui, à son exemple, oppriment encore leurs sujets.

Il faut au Pape une résidence absolument neutre.

Longtemps on a cru l’avoir trouvée dans le fait d'une principauté temporelle, et l’on s'est trompé. Cette principauté lui faisait une position fausse sous tous les rapports. Premièrement, elle l'érigeait en personnage politique quand il est un personnage religieux ; secondement, elle soumettait son indépendance à toutes les éventualités et contre-coups de cette politique. Enfin, une souveraineté circonscrite impliquait formellement la négation de son universalité.

La résidence du Pape devrait être à Jérusalem. Tous les cœurs sincèrement chrétiens y applaudiraient, car c’est là qu'est en réalité le berceau de notre religion et la source la plus propre à retremper dans les souvenirs une institution que les siècles n’ont pas laissée pure. Le Pape à Jérusalem, la question de préférence entre les royaumes catholiques se trouverait écartée, aussi bien que celle d’une pression quelconque du gouvernement du pays. Nulle sujétion pour le Souverain-Pontife, nulle défiance mutuelle entre les nations de la

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