‹ Du PapeChapitre 174 sur 192 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

catholicité à son sujet. Le père des fidèles, placé en premier ordre dans le droit des gens, verrait son indépendance garantie comme celle des autres patriarches chrétiens par les pavillons des consuls. Jérusalem n’est plus aujourd'hui qu'à la distance de cinq ou six jours de l'Europe occidentale, et le port de Jaffa s’en trouvera à peine éloigné d'une heure quand un chemin de fer le reliera à la cité sainte. Jérusalem et Jaffa seraient donc tout une, et cette dernière ville, si magnifiquement située, pourrait recevoir la résidence pontificale et les établissements religieux qui en sont des annexes inséparables.

Avons-nous besoin d’invoquer les raisons de l’ordre moral qui viendraient à l’appui d'une semblable proposition? N'est-ce pas à Jérusalem que sont les plus précieux souvenirs du christianisme et les traditions sacrées? Tout le pays de Judée fut le théâtre où se déroulèrent les scènes de la rédemption. 11 n’y a pas là un seul endroit, une colline, un sentier, une pierre qui ne porte à fâme une pensée évangélique et une inspiration. Montez sur le rocher de Sionl Vous voyez devant vous la coupole du Calvaire et du Saint-Sépulcre, la tour du Cénacle, la grotte de Jérémie et la voie de la passion, la vallée de Josaphat et le torrent de Cédron, le jardin des Oliviers et le mont de l’Ascension. Au loin, c’est le Jourdain et la mer Morte, derrière lesquels apparaît le grand désert sous l’ardente auréole du soleil levant. Vous avez à droite Bethléem, à gauche Nazareth, et derrière vous la vaste plaine de Ramlé, qui porte les regards jusqu'au rivage oü le vent pousse depuis dix-huit siècles le navire des pèlerins!

A l’aspect de ces lieux, combien de souvenirs se ré^

veillent! les prophètes y ont parlé; Jésus-Christ y a passé sa vie entière et enseigné sa loi; c'est tout l’ancien et tout le nouveau Testament. Les noms des hommes et des événements se pressent dans l’esprit et l’élèvent à travers les âges, d'où il retombe comme anéanti. Oui, c’est à Jérusalem que la Papauté devrait transporter sa résidence. Elle s’y inspirerait plus naturellement que partout ailleurs de la foi chrétienne et la soufflerait toujours nouvelle et plus fervente sur les fidèles. La Papauté y serait elle-même un attrait vivant pour la catholicité, dont les visites au Saint-Sépulcre deviennent plus rares chaque jour'. Enfin elle y trouverait, à chaque pas qu’elle ferait à travers de précieuses ruines, des vérités qui ont peu d’accès dans la capitale de son pouvoir temporel.

Mais hàtons-nous de sortir d'une idée que nos convictions seraient probablement impuissantes à nous faire pardonner, si elle prenait ici le caractère d’une proposition positive. La cour romaine se déciderait facilement à sortir de Rome avec les apparences de la proscription et du martyre, pour émigrer en quelque pays catholique où une réception triomphale lui serait assurée en échange des grands embarras qu’elle y porterait. Mais si un Pape voulait sérieusement aller résider à Jérusalem, il est peu probable que la prélature romaine, habituée aux positions fortunées qu’elle a héritées du népotisme, se montrât fort empressée de le suivre. Et combien de cris ne pousseraient pas les partis qui ont

' Nous constations sur les lieu?;, à la On de l8o8, que le nombre des pèlerins pu visiteurs catholiques avait été de cent cinquante seulement ; tandis que celui des chrétiens russes, grecs et arméniens dépassait vingt mille.

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