‹ Du PapeChapitre 177 sur 192 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

par des mojeus oeeiilles restés en son pouvoir, fait ainsi un antagonisme permanent aux institutions civiles, et reste une cause de troubles dont la société n’est point à l’abri dans ses intérêts et ses sentiments intérieurs.

Ce sont là des raisons, et il y en a beaucoup d’autres, pour lesquelles la catholicité doit désirer la révision d’une constitution qui date de trois siècles, et qui fut faite, à l’occasion du dernier grand schisme, comme pour combler empiriquement l’abime qu’il ouvrait sous le piédestal de la Papauté. Si un concile œcuménique se réunissait de nos jours, il trouverait assurément, dans les grandes lumières répandues autour de lui, des conditions plus dignes de l’Église et plus compatibles avec les progrès de la civilisation, que celles qui lui furent imposées par le concile de Trente. Peut-être aussi l’Église pourrait-elle se présenter au monde avec un Pape dépouillé d’un prestige imaginaire qui n’affecte pas utilement les esprits et qui rencontre la répulsion des consciences éclairées.

Quand le catholicisme, à tort selon nous, mais à bon droit selon de respectables esprits, crut devoir aspirer au pouvoir temporel, en même temps qu’au pouvoir religieux, l'institution du Pape devenait une condition logique de la puissance de l'Église; elle lui apportait le caractère politique et l’unité d'action. C’était au milieu de sociétés brisées avec leurs institutions. Les peuples et les gouvernements étaient tout à la fois dans la vieillesse et l’enfance; la situation, on le suppose du moins, était universellement critique. L’Église, en sortant du sanctuaire où l’avait scrupuleusement circonscrite l’Evangile, et en se saisissant de la direction suprême, au

temporel comme au spirituel, s'inspirait donc du salut des peuples. Elle croyait faire plus encore, le salut de l’ordre public et du christianisme, c’est-à-dire sauver doublement l’humanité. Ici la confusion des deux éléments pouvait sembler naturelle ; elle répondait jusqu’à un certain point à l’état des consciences et aux besoins des temps. Mais dans l’état actuel de la civilisation, et lorsque les pouvoirs publics sont affermis, dans le droit civil, et que l’Église peut être rendue exclusivement au sacré sanctuaire , une personnification dictatoriale comme celle du Pape de Trente est assurément inutile pour ce qui touche aux intérêts temporels des sociétés.

On me dit que le Pape fait l’unité de l’Église ! C’est une erreur ; il ne fait que l’unité hiérarchique du clergé. Le Pape, en effet, n’a pas empêché le grand schisme de Mahomet au vn‘ siècle ; ni celui de l’Église grecque du ix“ au XIII* ; ni celui de Luther au xvi*. Il est incapable aujourd’hui d’arrêter une seule idée, et le schisme est tous les jours parmi nous en pleine liberté Le Pape ne donne donc pas l’unité de doctrine à l’Église.

Én fait de religion il n’y a d’autre unité que Dieu, vers qui nous gravitons sans cesse ; et nous n’atteignons à cette unité que par la porte du tombeau. Toute tentative d’en supposer une autre est éternellement vaine, et ne tend, du reste, qu’à faire éclipse à la lumière éternelle qui éclaire le monde. La religion, étant essentiellement spirituelle, n’a pour base ici-bas que l’ordre moral, qui s’enchaîne à la croyance divine. Vérité dépouillée de tout ce qui appelle ou frappe les sens, reflet divin placé au-dessus de nos têtes, elle règne par les charmes de la foi et de l’espérance. ÉUe se mêle à nos joies et à nos douleurs, et toutes nos facul-

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