‹ Du PapeChapitre 178 sur 192 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

tés trouvent en elle un but d’activité et de progrès au perfectionnement.

Mais la religion ainsi comprise, a-t-elle besoin d’une organisation que le concile de Trente compare à « une armée rangée en bataille, » et constamment sur le pied militant? Hors la libre parole, le culte et les bons exemples, la religion n’a pas, selon nous, de manifestation extérieure. Veut-on en faire un instrument, l'imposer par l’appareil de la force, on la matérialise, on la corrompt, et les sens, dont elle envahit le domaine, se révoltent contre elle, la repoussent, et entraînent l’homme loin de son action salutaire. Après les Apôtres et les Saints-Pères, tous les grands réformateurs et prédicateurs dans le sein de la catholicité, tels que les Odon, les Dunstan, saint Boniface, Glémengis, d’Aiily, saint Bernard, Gerson, Fénelon, Massillon, Bourdaloue, saint François de Sales, Lacordaire, exercèrent sur les esprits une action indépendante de toute pression organique ; et c’est pour cela même que leur parole fit autorité et retentit encore sur le monde. Là, au contraire, où la religion se montra puissamment organisée et baptisée du nom de pouvoir, elle eut des effets tout contraires. Elle ne fit que tourmenter inutilement les hommes, irriter les esprits, dépeupler les empires, fausser les consciences, et mettre le schisme dans la chrétienté.

Le pouvoir d’État est le seul qui demande essentiellement une personnification impérative, par la raison qu’il est destiné à gouverner des sociétés qui participent de la nature de cette personnification. Il faut au gouvernement des Etats des facultés organiques et exécutives, pour une manifestation qui comporte le mou-

vemenl des affaires, el parfois l'emploi de la force. L'n pouvoir abstrait ne suffit pas aux choses de la société. La personne est nécessaire au gouvernement pour faire exécuter uniformément les lois, et maintenir l’ordre matériel. La société exige cela dans son gouvernement; elle veutle voir représenté, s’assurer qu’il existe et agit pour sa sûreté. Elle se plaît à mesurer la puissance dont il est revêtu aux proportions de la créature humaine. Le peuple, particulièrement, qui jouit à un dégré moins élevé que les classes supérieures de la faculté d’abstraction, aime à voir la puissance se résumer dans un homme. Il en comprend mieux la manifestation souveraine, et ses sensations lui en rendent un compte plus exact que ne pourrait le faire son intelligence ; il se l’approprie plus facilement. Cet homme passe à cheval, commande à l'administration, à l’armée, distribue des récompenses, fait entendre une parole de haute justice ou un appel au patriotisme, voilà des faits dont le peuple se rend compte ; ils affectent ses sens d’une manière correspondante à son idéal et le font participer en imagination à cette puissance dont le gouvernement dispose. Ce phénomène est surtout d’un grand effet, quand le prince a été élevé au gouvernement par la volonté nationale, et qu’il revêt une illustration acquise, de nature à répondre aux sympathies et à l'admiration dont les cœurs ont toujours besoin. Quel que soit donc le nom donné au gouvernement, monarchie ou république, la personnification du pouvoir lui est indispensable parce qu’il est un gouvernement de fait et d’action qui doit se manifester par l’action et le fait, en conformité du pacte social et des lois.

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