CHAPITRE XVI
Doit-il en être de même de la religion, qui ne règne que sur les consciences, et dont la manifestation extérieure n’exige que l’enseignement et la célébration du culte? Nous ne le pensons pas. Car il ne s’agit ici que de l’exercice d’une influence morale qui s’adresse non aux sens pour les ébranler, mais à Tàme déjà en rapport direct et intime avec Dieu, et d’une lumière à répandre, d’autant plus pure qu’elle est plus calme et dégagée de nuages et d’embarras matériels.
L’Église, dans tous les pays catholiques et particulièrement en France, se plaint aujourd’hui d’étre asservie à l’État, et sollicite des libertés qui, nous l’avouons, importeraient à sa dignité, et que nous lui souhaitons. Mais avant d’étre affranchie de lois rigoureuses dans l’État, l’Église ne doit-elle pas songer à s’affranchir de l’absolutisme pontifical? C’est de cet absolutisme, dont on ne l’entend jamais se plaindre, que découlent les restrictions que l’État se voit forcé d’apporter à la liberté des évêques, et à celle du clergé secondaire qui leur est véritablement asservi. Comment l’État pourraitil livrer les institutions civiles à un clergé que sa constitution rend, pour ainsi dire, étranger dans la patrie; à un clergé organisé et discipliné sous un chef qui conspire sans cesse au nom d’un prétendu pouvoir divin et universel, et qui entretient sourdement, partout, un trouble analogue à ce qui, autrefois, sur un théâtre plus élevé et à ciel ouvert, était la guerre déclarée à tous les droits et pouvoirs civils ?
Napoléon 1“ fit, dit-on, une faute en signant un corcordat qui permet au Pape d’intervenir dans des questions d’État et au pouvoir civil de réglementer des questions ecclésiastiques ; nous n’eu doutons pas. Mais
comment Napoléon pouvait-il éviter cctle faute? « Par la liberté absolue de l’Église, me répond un auteur ecclésiastique ; par un retour aux anciennes franchises gallicanes, dans les termes des pragmatiques de saint Louis et de Charles Vil ! ' » Mais l'honorable auteur a-t-il bien réfléchi à ce qu'il nous propose soixante-dix ans après la révolution française, en vue de faire cesser le conflit entre le clergé et l’empire? Faudrait-il, pour imposer le respect des lois et du pouvoir à des prélats exaltés, remettre les ecclésiastiques en possession des privilèges et des biens dont ils jouissaient au moyen âge et qui faisaient du clergé un des pouvoirs politiques? l’Empire n’est point réduit, croyons-nous, à une semblable nécessité et l’ancienne Église de France ne pourrait dans aucun cas être rétablie telle qu’ autrefois.
Qu’était-ce au fait que l’Église gallicane? C’était la féodalité épiscopale, s'appuyant tantôt sur l’État contre le Pape, tantôt sur le Pape contre l’État ; toujours dans un esprit de corps, et se prévalant en tous les cas, du droit divin, aussi bien que la cour romaine. Quand nos aïeux étaient en proie à l’insatiable cupidité du Pape, Us considéraient comme un bienfait l'opposition du clergé national qui en limitait les effets désastreux. Mais ils ne tardaient pas, d’ordinaire, à avoir besoin d’un appui contre les prétentions des princes de l’ÉgUse. Les rois eux-mêmes, avec leurs barons, avaient souvent assez de peine à résister à leur exigences. Les évêques aussi bien que le Pape prétendaient disposer, au nom du ciel, et disposèrent quand ils le purent de la couronne, ainsi que nous l’avons vu.
' L’abbé Michon, le Concordai cause de conflit, etc. Broch.