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CHAPITRE XVI

Nous voudrions pouvoir désabuser nos contemporains d’une illusion qui s’explique à peine par la facilité avec laquelle l’opinion , chez nous, se modèle aux apparences de la liberté. C’est celle qui attache une idée d’indépendance et de progrès à ce que l’on appelle encore la déelaralion de l'Église gallirane de 1682. C’est à tort que beaucoup de publicistes et de parlementaires se croient dans les principes du libéralisme lorsqu’ils ont opposé aux ultramontains cette déclaration, qui fut bassement reniée au bout de quelques années par les prélats qui l’avaient faite, et qu’il faut considérer dès lors comme non avenue.

C’était à une époque où la haine contre les protestants possédait entièrement l’Église de France. Elle employait tous les moyens propres à conjurer leur perte. Louis XIV régnait, entouré de maltresses dévotes et de prêtres courtisans. Le haut clergé était aux pieds du monarque et palliait ses vices pour mieux flatter son orgueil, il fallait à tout prix obtenir la révocation de l’édit de Nantes, qui protégeait les réformés. Louis XIV eut une contestation avec le Pape Innocent XI, à propos d’une régale que chacun d’eux réclamait. C’est à l'occasion de cette régale qu’eut lieu la fameuse déclaration à laquelle la participation de Bossuet donna de l’éclat. Bientôt après, le grand roi accordait la révocation de l’édit de Nantes, et lançait ses dragons sur les protestants dans toute la France. Le clergé avait livré au roi la régale par la déclaration gallicane, et le roi, en échange, lui avait livré les réformés. Les conditions de ce marché sont minutieusement stipulées dans plusieurs pièces offlcielles. Les prélats avaient eu soin de déclarer que leur consentement était donné, < pour les services que le roi

avait rendus contre rhérésie, et pour ceu.\ qu’il rendrait encore... > Mais dix ans après la déclaration de 1682, les prélats qui l’avaient signée la désavouaient dans une adresse individuelle au Pape. On y lisait: « Je me jette ■ aux pieds de Votre Béatitude, pour professer et dé- « clarer que mon cœur est vivement affligé des choses

• qui se sont passées dans cette assemblée, et qui ont « déplu à Votre Sainteté et à ses prédécesseurs. En con-

• séquence, je regarde comme non décrété, et je déclare « qu’il faut regarder ainsi tout ce qui a pu y être dé-

• crété contre la puissance ecclésiastique et l’auto- « rité pontificale... » (14 septembre 1693). Ainsi, au xvii‘ siècle déjà, l’Église galbcane qui, du ix* au xv*, avait concouru à préserver le royaume des envahissements de la cour romaine, n'était plus qu’un odieux expédient suivi d’une honteuse rétractation.

Au reste, les expressions d’Église gallicane ne sont pas plus convenables, selon nous, que celles d’Église anglicane ou romaine. Nous repoussons toutes les dénominations qui tendent à fractionner l’Église universelle. Nous demandons que le clergé catholique nous donne, s’il le peut, une Église conforme aux principes de l’Évangile et des Apôtres, une Église chrétienne en un mot. S’il ne le peut pas, nous attendrons, et nous poursuivrons, en dehors des sectes religieuses, le but philosophique et social de l’institution.

L'Église chrétienne, pour nous, est dans le concile général; hors de là, nous ne voyons plus que des universités ecclésiastiques et des prêtres de divers pays.

Nous dira-t-on, avec de Maistre, « que les Conciles « étant des pouvoirs intermittents, ne peuvent avoir le « gouvernement de l’Église, l’autorité devant être tou-

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