CHAPITRE XVI
« jours présente et «jir toujours*? » C’est précisément parce que le concile n’est pas un gouvernement, qu’il est la fornlfe d’Église compatible avec les gouvernements des sociétés et dont ils n’ont à redouter aucun antagonisme. Le concile est cette assemblée de laquelle Jésus-Christ a dit : « Quand vous serez réunis, je serai au milieu de vous. » C’est dans le concile que se manifeste le Verbe chrétien, d’époque en époque, à la mesure des intelligences et des besoins, et que se produit un critérium de doctrine religieuse et de morale, capable de faire autorité sur les âmes, et de féconder l’activité des croyances sans priver les consciences de leur liberté. Que l’Église soit réunie en concile œcuménique, je la vois et la contemple dans sa majestueuse universalité, dans son unité. Là, elle est souveraine morale du monde : elle fait planer ses décisions en matière de foi, sur les princes comme sur les simples fidèles; décisions dont il n’est appel que dans la conscience individuelle et devant Dieu. Mais que l’Église descende du haut de ses inspirations conciliaires, en renvoyant ses membres travailler à l’œuvre chrétienne, chacun dans son diocèse: ici c’est le prêtre qui exerce ses fonctions au sein de la société civile, sous la protection et avec le respect des lois, et qui, selon une magnifique expression de Lacordaire, « sert la liberté chrétienne sous le drapeau « de la liberté publique. ■
Cette manière d’envisager l’Église n’a rien de nouveau ; c’est la forme que lui donnent les Apôtres et les Pères des premiers siècles. Élle est en même temps universelle et particulière. En haut et en principe, elle fait,
' De Mablrc, du Pape, cli. ii.
DU PAPB.
par le concile, autorité sur toute la chrétienté ; en bas et en fait, elle obéit dans la personne de ses membres aux lois de l'État. C’est là un double aspeet, théorique et pratique, un ordre de choses complet, synthèse et analyse, unité et diversité, présentant à l’humanité la plus grande, la plus merveilleuse institution religieuse qui ait jamais présidé à ses destinées.
Il n’est pas nécessaire que nous entrions dans des détails; c’est à l'Eglise actuelle de se réformer elle-même, si elle en a le courage et la force. C’est à elle de décider si le Pape est nécessaire à sa constitution. Mais elle ne doit point se dissimuler que le Pape, tel que l’a fait le concile de Trente, ne soit un éternel objet de suspicion pour les États. Avec la Papauté actuelle, si étiolée qu’elle soit, l'Église n’aura jamais la liberté d’assembler le concile œcuménique. Les États, par mesure d’ordre public, en empêcheront constamment la réunion ; c’està-dire qu’il n’y aura pus en réalité d’Église.
Que si, au contraire, l’Église, rentrée dans son indépendance apostolique, reconnaît que le Pape est uniquement le représentant du concile, chargé en son absence de maintenir les rapports entre les diverses circonscriptions ecclésiasti(jues; de convoquer sa réunion à des époques déterminées, de gérer, en un mot, les choses de l'Église, avec un collège de cardinaux désignés, ainsi que lui, par le concile, nous ne verrions là qu’une question d’ordre intérieur, qui peut revêtir cette forme aussi bien qu’une autre, et être mise à l’épreuve. Le Pape, réduit à des proportions purement ecclésiastiques, ne sera plus pour les gouvernements un objet de crainte, et pour les fidèles un sujet de superstition. L’Église, désarmée de ce qu’elle a de menaçant pour les pouvoirs
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civils et pour elle-même, pourra légitimement réclamer à l'État toutes les libertés nécessaires à sa dignité et à son expansion morale.
Tel est le sens de la réforme que nous voudrions voir l’Église apporter à l’institution de la Papauté, pour la rendre compatible avec la raison d’État et la civilisation. Le parti pour qui le Pape est l'instrument d’une politique à jamais condamnée, dira que nous anéantissons le priiwipe (C autorité. Nous pensons qu’il est temps de voir le principe d'autorité là où il est réellement, et d’abandonner des fictions surannées qui ne font que couvrir des intérêts illégitimes, et ne les empêchent point de périr. Cette réforme, d’ailleurs, est la plus rapprochée possible de la fondation apostolique, et se renferme dans la doctrine que les grands conciles de Constance, de Bâle et de Pise ont maintenue contre la suprématie pontificale.
Cette réforme admise, l’autorité religieuse est rentrée dans l’Église, où Jésus-Christ reste présent jusqu’à la consommation des siècles. Le caractère du Pape n’a rien d’exagéré ni de faux, et la vénération des peuples envers lui peut marcher de pair avec les lumières et la sincérité. 11 sera pour la chrétienté le témoignage vivant de la doctrine et des règlements du concile universel, et sa voix ne s’élèvera pas en vain, pour promulguer ou pour rappeler aux fidèles des décisions d’une grande autorité. D’un autre côté , les évéques cesseront d'être asservis à cette prélature anonyme qui, sous le masque de la religion, entretient à Rome une coalition d'intérêts plus que mondains, et qui est en possession de faire son Pape au fond d’un conclave et de l’imposer à la catholicité. Aucune pression extérieure
ne viendra plus détourner les membres du clergé de leurs devoirs envers les lois et le gouvernement de leur patrie ; ils pourront les remplir en les rattachant aux intérêts supérieurs de 1a religion et de l’humanité.
Quant à la Papauté, elle sera plus digne. Allégée d’un pouvoir temporel qui lui est formellement interdit par l’Évangile, cessant d’être un embarras pour les puissances chrétiennes au milieu desquelles elle présente, comme théocratie et comme royauté, une figure sans harmonie; libre dans son esprit et dans sa sphère, elle pourra tout examiner avec désintéressement autour, d’elle, diriger l’expression extérieure du catholicisme dans des voies où la raison humaine puisse la suivre, et où les sectes dissidentes puissent, par quelque point, entrer en communion avec elle. Échangeant librement ses impressions religieuses contre les lumières et les progrès du monde laïque; les jugeant et les critiquant à son point de vue et dans un langage désormais intelligible, elle sera l’organe le plus éminent du spiritualisme chrétien, d’autant plus nécessaire à notre monde, qu’en s’avançant dans la civilisation, il tend davantage à matérialiser l’idéal, et a un plus grand besoin de trouver son contrepoids dans une morale tout opposée à cette tendance naturelle. Enfin, placée en face de la politique elle-même, et des puissances qui président au mouvement des sociétés, la Papauté n'y sera point silencieuse et passive. 11 y a, à tous les degrés de l’échelle sociale et politique, une critique et un enseignement à faire. Il y a, en haut comme en bas, des devoirs à rappeler : les princes y manquent parfois, et les citoyens n’y sont pas constamment fidèles. Entre les nations elles-mêmes, combien d’imperfections et même de crimes à signaler! Des guerres homicides,