CHAPITRE III
Aussi ne tarda-t-il pus, quoique avec prudence, à prendre l’offensive contre sa vieille religion, en raison même des plaintes que lui suscitait dans son sein la protection ouverte dont il couvrait le christianisme.
« Pendant toute la durée de .son règne, dit Eusèbe, son historien, il ne cessa de travailler, par des moyens indirects, mais très-efficaces, à la ruine du culte païen *. 11 témoignait à toute occasion sa haute estime pour la religion chrétienne, et le désir qu'il avait de voir ses sujets l’embrasser. 11 avait toujours auprès de lui des évêques et des prêtres ; il en composait son conseil et son cortège habituel, les admettait à sa table et dans sa confidence intime. 11 choisissait parmi les chrétiens les magistrats et les gouverneurs des provinces, et il défendait à ceux qui étaient encore païens de sacrifier aux dieux. Enfin, quand il eut transporté l'Empire à Constantinople, il bannit absolument de cette ville le culte païen, et n’y laissa aucun temple qui ne fût consacré au culte chrétien. »
Les deux fils et successeurs de Constantin, Constant et Constance, suivirent l’exemple de leur père. Ils minèrent profondément les restes du vieux culte ; ils débutèrent par publier des édits contre ce que ce culte contenait de pratiques purement superstitieuses, telles que la devination et les réunions nocturnes. Mais ces empereurs et leurs conseillers portèrent les choses jusqu’à l’exagération. On connaît la lutte qui s’établit vers ce temps-là, au sujet de Vautel de la Victoire, tantôt renversé, tantôt relevé selon les circonstances. Comment comprendre qu’une statue de la Victoire fût incompa-
• Eusèbe, HUI. de Cotisl.
lible, à la rigueur^ avec le christianisme, surtout s'il était vrai qu’il ne dût lui-même sa nouvelle prospérité qu’il une victoire dans laquelle la main de Dieu s’était montrée, par un prodige, favorable à la cause de Constantin? La Victoire était une fausse divinité, disaient les chrétiens; mais l'Intolérance n'est-elle pas aussi une fausse divinité? Et l’intolérance ne perçait-elle pas à celle occasion dans l’Eglise, à mesure qu’elle se trouvait plus rapprochée du pouvoir et en possession de la liberté ?
L’entraînement fut partagé par la plupart des successeurs de Constantin, et il alla si loin qu’il faillit amener une réaction du paganisme. L’empereur Julien entreprit de rétablir l'équilibre dans la liberté des cultes et de favoriser la philosophie rationnelle, Il appartenait à l’école de Zénon et en pratiquait toutes les vertus. Esprit supérieur à son siècle, probité franche et intelligence parfaite, il était effrayé de la décomposition qui menaçait l'Empire par le mélange insinuant du christianisme aux choses les plus positives de la politique et de l'administration. Pendant un règne de très-courte durée il affranchit le trône de la pression souvent humiliante des évêques, les renvoya de son palais ainsi que les eunuques et les courtisanes, et s’efforça de maintenir une stricte égalité entre les religions. La haine et les malédictions dont cet empereur a été chargé dans l’histoire de l'Eglise attestent assez de quelle âpreté s’était déjà empreint le christianisme au contact des richesses et du pouvoir politique ; et de nos jours encore les ecclésiastiques ont conservé l’habitude, aussi peu réfléchie que peu charitable, de désigner par l’apostrophe d'apostat cet homme qui méconnut peut-être quelques unes des vérités que renfermait le cbristia-