CHAPITRE III
nisme, mais qui fut cependant un des plus nobles carac* tèresde l’antiquité.
Gratien, Valentinien et Tfaéodose apportèrent surtout une grande constance et une grande fermeté à seconder le mouvement chrétien. Ce fut vainement que, sous le règne de ces princes, le sénat romain éleva des réclamations en faveur de la liberté de l’ancienne religion. Une démarche très-active et très-solennelle qu'il fit en 388 auprès de Théodose par l’organe de Svramaque, sénateur des plus illustres, fut sans effet. Le culte païen était encore toléré par prudenee ; mais rien n’était négligé è la cour de Constantinople pour le saper jusque dans ses derniers fondements. Lue lettre de saint Ambroise à Valentinien nous donne l'idée de l’active vigilance avec laquelle les évéques tenaiënt en haleine le dévouement des empereurs. i Le zèle que les païens déploient pour leur fausse religion, dit-il à ce prince, vous apprend celui que vous devez avoir pour la véritable fbi. Ce n’est pas faire injure à un homme que de lui préférer Dieu!
Le zèle est contagieux, et il est rare que le meilleur ne conduise pas à des excès. Il était réservé à l’empereur Théodose de porter les derniers coups h l’antique religion de l’Empire. La douzième année de son règne (391) il défendit h tous ses sujets de faire des sacrifices dans les temples, même d’y entrer. Les transgresseurs de cet édit, sans en excepter les magistrats et les gouverneurs de province, étaient condamnés à une amende de quinze livres d'or. L’année suivante, une autre loi impériale défendit l’immolation des victimes, som peine tie mort. C’était faire revivre les plus anciennes lois de la république romaine et de la Grèce qui punissaient
l'impiété du dernier supplice et des châtiments les plus cruels. Théodose poussa la violence jusqu'à courir les rues traînant, attachées à son char, des statues représentant quelques divinités.
L’exécution des édits souffrit peu de difficultés en Orient, où le paganisme ne comptait plus que quelques partisans dans les hautes régions de la société. Il n'en fut pas de même en Italie et surtout à Rome où la généralité des sénateurs attachés à la religion de leurs pères redoublaient de zèle pour la maintenir. Théodose, pour ce motif, crut devoir fermer les yeux sur la nonexécution de ses ordres en Occident. Mais il fit venir auprès de lui tous les sénateurs encore attachés au culte de la patrie, et les pressa vivement d’abandonner leur croyance. Pas un seul ne voulut se rendre aux exhortations de l’empereur; tous répondirent qu’ils ne pouvaient renoncer à des cérémonies avec lesquelles Rome était devenue la maîtresse du monde, et se rendre par faiblesse complices de la ruine de l’Empire. Alors Théodose leur déclara que le trésor public était trop chargé pour pourvoir aux dépenses du culte païen, et que cet argent serait mieux employé à la solde de ses troupes. Les sénateurs eurent beau observer que les cérémonies ne pouvaient se faire légitimement et selon l’ordre, si la dépense n’était pas supportée par l’État; ils ne purent rien obtenir, .\insi les cérémonies de l’ancien culte cessèrent; on chassa les prêtres et les prêtresses et tous les temples se virent abandonnés. L'historien Zozime, qui donne ces détails, déplore cet événement comme la véritable cause de la ruine de l’Empire. Gela était surtout une vérité si l’on observe qu'en même temps que tant de rigueur était déployée par le gouver-